Dystopie et nuances du possible, dans ‘’Le premier siècle après Béatrice ‘’ d’Amine Maalouf

Document Type : Original Article

Author

کلية التربية جامعة عين شمس

10.21608/tjhss.2025.344076.1290

Abstract

La dystopie est un genre littéraire, né au sein de la science-fiction au 19e siècle,
Elle est considérée comme l’inverse de l’utopie, un monde chaotique et mortel. ce genre littéraire est devenu la traduction de la frayeur humaine contre les nouvelles technologies dangereuses et les avancées scientifiques menaçant l’existence humaine.
Le protagoniste dans ‘’Le premier siècle après Béatrice’’ est un entomologiste français spécialisé en coléoptères. Par hasard, avec sa campagne, ils découvrent une substance favorisant les naissances des enfants mâles au détriment de celles des enfants femelles. Cette substance se transforme en une arme biologique capable de faire disparaitre une communauté, et même un peuple. En fait, dans un contexte mondiale envahi par une violence extrême, le récit de Maalouf reste d’une actualité surprenante. Etant en principe un roman futuriste,'' Le premier siècle après Béatrice'', porte les traces d’une réalité effrayante.
Notre travail est basé essentiellement sur l’étude des embrayeurs ou les déictiques personnels et spatiaux ainsi que la temporalité pour montrer leur contribution à donner un aspect de vraisemblabilité au récit et souligner la fiabilité des séquences narratives.

Keywords

Main Subjects


Introduction

            La dystopie est un genre littéraire, né au sein de la science-fiction au 19e siècle.  C’est ‘’un récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre 1.’’ Elle est considérée comme l’inverse de l’utopie, un monde chaotique et mortel. Bien que la dystopie, comme genre littéraire fictif, soit ancrée dans l’histoire de la littérature mais elle est surtout survenue à la suite de la Révolution française. Avec la mondialisation, les problèmes de la surpopulation, et la menace imminente d’une guerre nucléaire, ce genre littéraire est devenu la traduction de la frayeur humaine contre les nouvelles technologies dangereuses et les avancées scientifiques menaçant l’existence humaine.

 La dystopie pourrait ainsi être décrite, comme une ‘’ anticipation rationnelle (ou projection vraisemblable) associée à un traitement déceptif ou critique (ou vision négative), qui propose en creux une réflexion sur les conditions du bonheur au sein de la polis, interroge le lien social, ses fondements et sa stabilité2.‘’

            Maalouf relate une diégèse dystopique   représentant allégoriquement la monstruosité et l’atrocité de notre monde et prévoyant un avenir énigmatique et dur. Etant membre de l’Académie Française depuis 2011, l’écrivain franco-libanais, Amine Maalouf est élu secrétaire perpétuel du prestigieux établissement en 2023.  Précisons que ce poste est occupé pour la première fois par une personne qui est née en dehors du territoire français et ayant une autre nationalité. Dans son roman ’’Le premier siècle après Béatrice ‘’ Maalouf raconte une histoire située dans le futur incluant le XXI -ème siècle : c’est donc, un récit futuriste anticipant.  En fait, dans un contexte mondial envahi par une violence extrême, le récit de Maalouf reste d’une actualité surprenante. Nous croyons que c’est pour ne pas tomber dans’’ l’enfer de la banalité’’ que l’écrivain choisit ce genre spécial de littérature.

 À ce stade nous pouvons formuler notre problématique de recherche ainsi : Dans quelle mesure les embrayeurs /déictiques personnels et spatiaux ainsi que la temporalité   ont contribué à la vraisemblabilité des événements ?

Cadre théorique

Avant d’appréhender la problématique, il faut   tracer les grandes lignes du cadre théorique.   Cette recherche s’inscrit essentiellement dans les travaux de la lignée d’Émile Benveniste3 (1966, 1974.) Dominique Maingueneau (2000, 2009, 2016) concernant l’énonciation et les déictiques (les embrayeurs) tenant compte de tous les éléments se rapportant au contexte.

Pour ce faire, l’étude débutera par un essai de délimiter et de redéfinir le genre de fiction auquel appartient le roman et les raisons de son succès ; une étape indispensable pour décrypter le vraisemblable qui émane du texte. 

 Ensuite, nous procéderons à un repérage systématique des déictiques 4, suivi d’une analyse selon leur nature, occurrence et de  leurs fonctions dans les différentes séquences narratives afin de révéler l’impact de ces derniers pour donner une apparence réelle aux circonstances.    Notons aussi que nous évoquerons d’autres éléments dans le texte affirmant cet aspect du vraisemblable.

Le protagoniste dans ‘’Le premier siècle après Béatrice’’ (désormais PSB) est un entomologiste français spécialisé en coléoptères. Par hasard, avec sa compagne, ils découvrent une substance favorisant les naissances des enfants mâles au détriment de celles des enfants femelles. Le médicament tiré de cette substance se transforme en une arme biologique capable de faire disparaître une communauté, voire un peuple d’un autre pays ennemi en diminuant remarquablement le nombre des naissances féminines. Cette situation se répète dans plusieurs endroits du monde.  Par conséquent, la violence augmente et la peur que les filles soient victimes d’enlèvement domine l’esprit humain.  Avec la rareté   des filles, toute la race humaine est menacée de sa disparition brutale et programmée puisque le processus une fois entamé devient irréversible.

Nous commençons l’étude en examinant de près le genre de la fiction. Des recherches postérieures ont déjà étudié l’appartenance générique du roman,5 en se basant sur la présence des différents éléments caractéristiques de la science-fiction en l’occurrence : l’élément spéculatif, la consistance du monde représenté dans l’œuvre, et la temporalité.   Cependant, si nous scrutons l’incipit, nous ajouterons un autre aspect qui redéfinit le roman en lui donnant la caractéristique d’une uchronie 6 se basant sur une réalité du passé.

  En fait, les évènements débutent au Caire, lors d’un colloque autour de ‘’ La place du scarabée sacré dans la civilisation de l’Égypte ancienne’’ (PSB p.13).  Un égyptologue danois affirme qu’on avait attribué à ce genre de scarabée des qualités d’immortalité, de santé et de fécondité. Il explique qu’à l’époque des pharaons, on fabriquait des scarabées en argile servant de sceaux portant des vœux. Un en particulier se répète et revient sans arrêt : ‘’ que ton nom perdure, et qu’un fils te naisse. ‘’ (PSB p.16), d’où la liaison faite entre l’histoire ancienne égyptienne et le médicament responsable de favoriser la naissance des garçons. Les auditeurs du colloque ainsi que les lecteurs du roman déduisent que c’est fort possible que l’invention de ce médicament remonte à l’Égypte antique qui vénérait les scarabées parce que les Égyptiens ont connu les diverses bienfaisances de cette créature sacrée.

            Partant du principe que l’uchronie est ‘’ une histoire de ce qui n’a pas été et envisage des temps à venir qui n’ont pas eu lieu’7, l’auteur dispose d’un point de départ d’une circonstance historique préalablement ancrée dans l’histoire égyptienne.  L’intrigue est basée sur une réalité historique connue puisque sans aucun doute les Égyptiens vénéraient le scarabée au point de le considérer comme une divinité symbolisant l’immortalité, la santé, et la fécondité.

Se référant à cette réalité, l’auteur choisit de modifier les événements historiques pour ensuite imaginer des conséquences de la découverte de la substance pharaonique. Dans un récit anticipant, l’auteur présuppose que des scientifiques s’emparent de cette découverte, et l’introduisent dans le marché sous forme d’un nouveau médicament permettant de donner naissance uniquement à des garçons.    L’écrivain   change les faits historiques pour imaginer ce que l’Histoire aurait pu être.  Le processus narratif sera fait pour proposer et explorer des histoires alternatives afin d’exposer un propos philosophique, prévoyant un monde effrayant et dur sans la tendre présence des femmes.  Sur ce, nous pouvons considérorer que ce roman peut être considéré aussi comme une uchronie.

            Ce livre offre plus d’un niveau de lecture. D’une part, c’est un roman de l'amour démesuré d'un père envers sa fille, en particulier d'un homme qui se présente comme défenseur de la féminité, au point d’être lui-même un féministe. Et d’autre part, du point de vue stratégique et politique, le récit est considéré comme un manifeste d’alarme pour sauver notre planète d’un avenir terrifiant. L’auteur a présenté un Sud qui dépérit avec ses perversions de l'archaïsme et un Nord qui s'exaspère avec une modernité qui peut l’écraser et le détruire menaçant son existence et sa survie. Comme l’a bien expliqué Deléage, et  Garrouste :

 ’Mais l’utilité de ce genre de dystopie est de permettre de s’interroger sur les dangers que recèle notre cours présent’ 8

En revanche, la popularité de ce genre reste sans appel pour plusieurs raisons :

-la crise économique qui ravage et dévaste le monde à cause des faits variés dont la dernière pandémie (le covid 19 a fracturé l’économie mondiale).

-L’xénophobie et le racisme alimentés par l’avancée des mouvements du nationalisme et de l’extrême droite dans plusieurs pays du monde du Nord.

-La peur naissante du terrorisme et des guerres répétitives provoquées par des conflits non réglés et en suspens.

 -Les avancées technologiques et les pouvoirs de l’intelligence artificielle qui ne cessent de procurer des prouesses surprenantes.

-La facilité de ce genre d’être adapté au cinéma.

            Sur ce, le lecteur potentiel se trouve cloitré  dans une atmosphère de pessimisme qui l’incite à accepter et recevoir volontairement la dystopie littéraire pour extérioriser les tourments et les angoisses d’un avenir incertain.  En plus, ce genre a eu un succès  considérable chez les jeunes lecteurs qui y  trouvent  une imagination débordante, leur donnant l’ occasion de conquérir une part de leur liberté.   

Dans la partie précédente de l’étude , nous avons prouvé que le texte est une uchronie basée sur des faits historiques réels. Procédons à présent à une analyse des embrayeurs pour examiner la part du vraisemblable dans le texte.

Les déictiques :

Définition

Avant toute analyse, nous commençons par définir les embrayeurs pour bien situer explicitement la question qui nous occupera.  D’une manière générale, la situation de l’énonciation commande l’acte de production d’un énoncé. C’est cette situation qui déterminera le cadre temporel et spatial de l’énoncé émis.

 ‘’ On appelle cette situation la deixis, l’univers du sujet parlant qui établit un rapport entre l’énoncé et son acte producteur. Les éléments linguistiques qui, dans un énoncé, réfèrent à cette situation du sujet s’appellent les déictiques ou les embrayeurs’’ 9

Dans le même élan, les dictionnaires10de linguistique indiquent que les déictiques constituent tous les éléments linguistiques ‘’qui, dans un énoncé, varient avec la situation de parole, réfèrent au sujet parlant et déterminent ensemble la deixis, l’univers du sujet qui établit, par ce moyen, un rapport entre son énoncé et son acte de parole’’ 11C’est pour cette raison que les déictiques établissent toujours des référents joignant l’énoncé à son sujet- parlant.

En outre, ces déictiques n’ont pas un sens déterminé que lorsqu’ils  seulement se réfèrent au sujet parlant mais aussi aux éléments spatio-temporels de l’énonciation, comme le stipule Bourget : 12 "Ces mots qui font le lien entre l'énoncé et l'énonciation, qui n'ont pas de sens qu'en rapport avec les circonstances de l'énonciation, sont appelés des embrayeurs".  Donc ces unités linguistiques n’ont pas de signification que par renvoi au contexte immédiat.

Au regard de ces définitions, nous distinguons les déictiques personnels, les déictiques spatiaux et les déictiques temporels se rattachant plutôt au discours qu’au récit. C’est à travers ces trois catégories que nous tenterons de mettre en évidence le vraisemblable dans le récit. 

1-Les déictiques personnels  

2-Les déictiques de l’espace

3-Les déictiques temporels

Nous entamons notre analyse détaillée par les déictiques personnels.

  • Les déictiques personnels

Toute énonciation nécessite un lieu et un moment déterminés et la présence de deux actants : celui qui produit l’énoncé, (le locuteur/ sujet parlant) et celui à qui s’adresse l’énoncé (l’allocutaire).

Le PSB étant en principe un récit homodiégétique 13 à la première personne, nous nous contenterons des déictiques concernant le narrateur qui est le principal protagoniste.   

   L’importance des déictiques personnels émane du fait qu’ils ont une forte présence dans le discours du locuteur, parce que le discours, comme  note  D. Maingueneau 14  ’’…    est rapporté à un sujet, un JE, qui à la fois se pose comme source des repérages personnels, temporels, spatiaux […] et indique quelle attitude il adopte à l’égard de ce qu’il dit de son co-énonciateur’’.

Non seulement, les déictiques de personne nous permettent d’identifier la personne de celui qui produit et reçoit l’énoncé , mais également, son  statut, le degré de son implication dans son discours,  et la vraisemblabilité de ce dernier.

 

                             Formes pronominales

 

Formes adjectivales

 

Je

Me

Moi

Pronoms possessifs

Mon

Ma

Mes

650

124

43

2

58

40

18

Le je

Le schéma ci-dessus nous indique la forte fréquence du pronom personnel ‘’je’’ qui témoigne de l’ancrage direct du narrateur dans son récit justifiant son statut de ‘’témoin’’ cité par lui-même au début du récit. D'ailleurs, ces pronoms personnels comportent une classe plus large dans le discours puisqu'ils peuvent inclure les variantes pronominales À (me, nous) , et les variantes accentuées (moi).  La trace du pronom personnel (je) se trouve également   dans les pronoms possessifs : le mien et les miennes, et dans les adjectifs possessifs : mon, ma mes, … comme dans l'exemple suivant :

‘’ À m’entendre, on me prendrait aisément pour un ours …Mes étudiants ont gardé de moi le meilleur souvenir …mes collègues ont peu médit ; j’ai parfois été sociable … j’ai …j’ai …’’ (PSB p.10)

Dans un seul paragraphe, plusieurs variantes figurent (me, mes, moi, je (répété trois fois)). L’implication du narrateur dans son discours, affirmant les liens sociaux qu’il entretient avec son entourage, provoque une certitude de l’existence réelle de l’ensemble des personnages et des faits qui vont être relatés. Cependant, le locuteur a besoin d’un interlocuteur qui reçoit    son message dans la situation de communication.

Présence d’une alternance entre le Je et le Tu :

Les deux actants de la communication (je, tu) sont indissociables dans la situation de l’énonciation, et leur valeur référentielle n'est établie avec précision qu’en fonction de la situation d'énonciation comme l’explique E. Benveniste : Ainsi "je" ne renvoie à autre chose qu'à la personne qui énonce la présente instance contenant "je"; par conséquent, "tu", n'est que l'individu allocuté 15 dans la présente instance de discours contenant ‘’tu’’ 16

’-  J’aurais besoin que tu me lises la notice d’emploi… (je = Clarence, compagne du narrateur)

- Que tu es loin, Clarence, dis-je... (je =le narrateur)

-Cette nuit, quand tu fermeras les yeux, imagine-moi près de toi, et serre-moi fort. Si tu es seul, je veux dire.

-Promis ! Si je suis seul’’ (PSB p.31)

 

Dans l'exemple montré ci-dessus, nous remarquons la présence du pronom ‘’Je‘’ ainsi que la variante ‘’me’’   qui représentent des marques de la présence du locuteur dans son discours et sa prise de la parole. Ce ‘’Je’’ désigne Clarence, la compagne du protagoniste et le ‘’tu’’, qui figure dans la même phrase, marque l' interlocuteur ( le narrateur).  Dans les répliques qui suivent, les rôles s'inversent continuellement dans le cadre du dialogue, puisque le’’ je’’ devient ‘’tu’’ et le ‘’tu’’ devient ‘’je’’ selon la prise de parole des actants.

Ces pronoms ne peuvent pas représenter un seul personnage mais ils indiquent directement celui qui prend la parole et celui qui la reçoit. Néanmoins l'intersubjectivité discursive des personnages dans le dialogue n’empêche pas l’omniprésence du protagoniste qui confirme que toute réplique est émise à travers lui, puisque c’est le narrateur qui prend constamment la responsabilité de contextualiser les dialogues racontés 17. Ces derniers se transforment donc en une pièce de conviction pour que le lecteur adhère aux propos proposés.

Le Nous

 Ce pronom n’est pas seulement le pluriel de ‘’Je’’, mais il fait partie des pronoms amplifiés qui peuvent comporter d'autres pronoms personnels possédant un sens collectif et une valeur plurifonctionnelle dans la situation d'énonciation, comme dans le schéma ci-dessous :

 

 
   

 

 

 

 

 

Les exemples suivants montrent les diverses valeurs du pronom ‘’nous’ ’employé par le narrateur :

 -En parlant des insectes :‘’… que nous, les hommes (les êtres humains), avons tant asservis et abandonnement massacrés’’   ( je + je +je +je…)(PSBp.9)

- le narrateur avec sa compagne : ‘’je ne compris mon erreur … , pour la première fois depuis que nous sommes ensemble’’  (je + elle ) (PSBp.32)

- dans un dialogue avec son ami : ‘’ De quel côté allons-nous ?’’ ( je + tu) (PSB p .48 )

  Le pronom ‘’je’’ qui représente explicitement le narrateur est accompagné des différents pronoms qui varient selon la situation d’énonciation. Ce fait démontre sa volonté de tisser des liens entre lui et les autres personnages et que même quand ils prennent la parole,  ce processus est fait à travers des dialogues entre lui et ces derniers, qui ne sont jamais autonomes parce qu’il ne délaisse jamais le contrôle. Même dans les séquences narratives où le narrateur leur donne l’occasion de participer aux événements, il met leur discours entre guillemets et il précise au lecteur que c’est lui en principe qui transmet leurs paroles. 18 Il poursuit donc son rôle de témoin 19 qu’il a choisi, ce qui représente une preuve inéluctable au lecteur de la fiabilité du discours du narrateur.

Pour affirmer la soumission des personnages et la dominance du narrateur homodiégétique, le ‘’nous ‘’ remplit deux fonctions énonciatives inclusive et exclusive 20, comme le montre les exemples suivants :

-‘’N’ai-je pas raison de dire que nous sommes quasiment confrères ?’’ (inclusif  je + tu) (PSB p.36 )compagne

 -‘’Nous ne sommes pas des invités sur cette planète, elle nous appartient autant que nous lui appartenons’’ (exclusif je + Ils (les êtres humains))  (PSB p .45)

   La présence permanente du narrateur est ressentie dans la situation de l’énonciation. Il délègue les dialogues tout en restant lié aux actants pour confirmer son emprise. Ainsi, le lecteur est convaincu que les événements se sont réellement déroulés selon le témoignage du narrateur qui était présent physiquement ou bien indirectement puisque les autres personnages lui racontent tous les détails des séquences narratives dans lesquelles il n’a pas de présence physique.

Bien que les déictiques personnels soient indispensables pour la situation d’énonciation, mais le contexte spatial joue un rôle primordial pour donner une dimension réelle en délimitant l’espace de cette situation.

 2-Les déictiques de l’espace :

Les déictiques spatiaux permettent la liaison du discours à son lieu d’énonciation et  déterminent ‘’ la position qu’occupe le corps de l’énonciateur lors de son acte d’énonciation.’’ D. Maingueneau 21.  Cette catégorie peut comporter des présentatifs, des adverbes et d’autres éléments qui indiquent le cadre spatial de l’énoncé. Nous en présentons ceux confirmant l’aspect véridique du récit.

Les présentatifs :

 En plus de leur fonction   déictique, les présentatifs peuvent servir de ‘’signal discursif’’22.au sens de Cesare.  En principe, ils focalisent l’attention de l’allocutaire sur  certains éléments de l’énoncé permettant d'ancrer l'énoncé dans la situation d'énonciation. Ils o établissent donc la liaison entre un élément de discours précisant le lieu ou l’espace de l’action et une référence réelle, par conséquent, le lecteur subit un effet d’évidence et il est amené à exclure tout sorte de doute. Dans le corpus, il existe plusieurs présentatifs :

 -‘’C’est au Caire que tout a commencé’’ (présentatif spatial) (PSB, p.12)

-‘’…c’est sur  l’ « ’image » que je dois, l’espace de quelques paragraphes …’’ (PSB, p.142)

-‘’…d’ailleurs le fabricant n’est pas un ignare, puisqu’il y a ici l’image d’un scarabée, …’’ (PSB, p.16)

Dans les citations ci-dessus, les présentatifs   sont   des expressions qui servent à localiser le lieu de l’énonciation     pour le mettre en rapport avec la situation d'énonciation. Ces   présentatifs s'emploient aussi bien dans le discours que dans le récit comme dans le premier exemple qui fait partie du récit. Le narrateur précise dans son récit le lieu où les évènements ont commencé et qui seront, par la suite, la cause principale de divulguer son histoire.

Ces présentatifs peuvent être fléchi en temps mais invariable en personne comme les verbes impersonnels ; c’est-à-dire ils ne subissent aucune modification de genre, de nombre ou de personne. Bref, de tels présentatifs constituent un vrai nœud verbal, et ils partagent la même fonction grammaticale que la préposition.

1- Les démonstratifs

            D’après J. Dubois, les démonstratifs sont considérés, ‘’ comme des déictiques, adjectifs ou pronoms, qui peuvent servir à indiquer, comme avec un geste d'indication, les êtres ou les choses impliquées dans le discours’’ 23. Dans les démonstratifs il existe deux catégories : les déterminants (ce, cet, cette, ces), et les pronoms (ça, ceci, cela, celui, celle, ceux, celles). Cependant D. Maingueneau affirme que ces démonstratifs peuvent avoir aussi deux valeurs : l'une comme déictique, et l'autre comme anaphorique : "Ils (les démonstratifs) peuvent fonctionner comme anaphoriques substituts aussi bien que comme déictiques.’’ 24   

Le récit présente un nombre considérable de deux groupes   chargés de deux valeurs déictiques et anaphoriques :

 -‘’J’avoue que cet endroit ne m’impressionne plus. Et pour ce qui est de ce bureau…il me suffira de poser ma serviette à cet endroit … pourque ce bureau … s’effondre…à moins que tout ce bâtiment vétuste ne s’effondre’’ (PSB, p.23 )

-‘’Je compris qu’il faudrait du temps pour la persuader de « cohabiter avec ça»’’ (PSB,  p.25)

-‘’mais je supportais mal tout cela.’’ (PSB, p118)

L’analyse des exemples dévoile que les démonstratifs montrent la proximité ou l'éloignement du sujet parlant du lieu ou de l’objet spécifiques. Ainsi les démonstratifs procurent une sensation de proximité dans l’espace et de l’objet désigné.

Le lecteur imagine, et même perçoit les gestes corporels qui accompagnent normalement l’emploi de ces démonstratifs transmettant les sentiments et les pensées intimes et subjectifs des personnages. Le narrateur invite le lecteur, sans que ce dernier prenne la parole, à participer aux dialogues, aux conversations, et aux récits via les traits de l’oralité du texte et transforme les séquences narratives en scènes cinématographiques.

En somme, dans la situation d'énonciation, ces éléments délimitent le positionnement du locuteur envers l’énoncé, comme d’ailleurs les adverbes de positionnement, et attirent l'attention de l'allocutaire aux paroles énoncées implicitement ou explicitement.

2-Les adverbes

Les gestes ou la façon dont le sujet parlant bouge  son corps sont déterminés aux moyens des adverbes de positionnement qui décrivent les déplacements de l’énonciateur dans l’espace, comme l’affirme  D. Maingueneau : "Les déictiques adverbiaux à statut de complément circonstanciel se distribuent en divers micro- systèmes: ici/la/là-bas, près/loin, devant/derrière, à gauche/ à droite, etc., qui tous prennent leur valeur en fonction du geste, de la position ou de l'orientation du corps de l'énonciateur 25…" le texte regorge de ces déictiques à titre d’exemple :

1-‘ici, dans le Nord, les malheurs ne nous atteignent que par ricochet… (PSB, p.144)

2-‘’…ma seule intention ici est de rappeler…quelle atmosphère régnait alors …’’ (PSB, p. 136)

3-‘’c’était l’éventail commun des attitudes dès qu’il s’agissait de « là-bas » ‘’(pays de sud ) (PSB, p.89)

Les déictiques de positionnement occupent une place importante dans l’acte de prononciation parce qu’ ils déterminent avec beaucoup de précision la position du locuteur vis-à- vis du dénoté. Cependant, ces mêmes embrayeurs peuvent se charger d’autres connotations. Ainsi, si nous faisons une comparaison entre le premier et le deuxième exemple, nous constatons que l’adverbe ‘’ici’’ dans le premier cas précise seulement la localisation du locuteur  (pays du Nord), pour établir une opposition entre les pays du Nord développés et les pays du Sud qui sont sous-développés. Par contre, dans le deuxième exemple, le même adverbe ‘’ici’’ gagne une nouvelle dimension en l’occurrence temporelle. Non seulement, le locuteur précise son positionnement mais il fige l’instant de prononciation (ici =maintenant, à cet instant).

En général, l’adverbe ‘’là’’ désigne l’éloignement du locuteur par rapport au lieu où il se positionne comme l’indique l’exemple 3 où l’adverbe ‘’là-bas’’ désigne les pays du Sud étant donné que le locuteur se trouve dans les pays du Nord. Ce même éloignement est exprimé dans l’exemple 4, sauf que le narrateur, par le même déictique ‘’là’’, exprime un rapprochement entre deux autres personnages : sa compagne 26 (Clarence ) et une amie en commun (Nancy Uhuru).

4-‘’…fort heureusement, Nancy Uhuru était , …’’ (PSB, p.130)

5-‘’il était là…’’ (PSB, p.50) ( le narrateur en parlant de son parrain et ami pour exprimer sa proximité physique et spirituelle)

Quant au dernier exemple (5), l’adverbe ‘’là’’ n’indique pas exclusivement une présence physique, comme dans l’exemple (4) mais bien au contraire il dévoile un rapprochement étroit entre le locuteur et la personne, objet de récit. En fait, le narrateur explique la relation qu’il entretient avec son parrain devenu ami intime. Étant en principe un adverbe de lieu, ‘’là’’ perd ses sémèmes d’indication de positionnement pour incorporer une autre dimension figurée d’existence physique et morale.

En abrégé, les déictiques spatiaux, avec leurs signifiances variées, expriment la proximité ou l'éloignement de l'objet désigné par rapport à la position que l'énonciateur occupe réellement dans l'espace, mais ils peuvent également se charger d’autres connotations figurées ou temporelle.

3- les déictiques temporels 

Dans ce récit d’anticipation 27 l’écrivain sollicite un monde fictif, en apparence, d’une société légèrement alternative à celle du monde réel. Il est d’ores et déjà le responsable de l’ordre chronologique de son énoncé et des indications temporelles qui sont définies par rapport au moment d’énonciation où l’énonciateur produit son énoncé comme l’a expliqué D. Maingueneau 28.  En d’autres termes, sur la ligne du temps, c’est le locuteur qui organise les autres repères temporels (le passé et le futur), puisque c’est lui qui détermine ‘’le présent’’. Dans le corpus, les déictiques du temps sont fort multiples ; il est donc indispensable   de les examiner pour délimiter les marques linguistiques temporelles exprimant l’aspect véridique du discours.

3-1-Le présent

Le présent est un indicateur temporel qui délimite avec une grande précision le moment de l’énonciation en décrivant l’aspect des actes du locuteur. Ces actions se répartissent en quatre catégories :  actions en cours (actuelles), actions répétitives, prédicats présentant un état ou un caractère, efin, ceux qui expriment des vérités générales.

Il faut préciser que les actions actuelles n’ont pas de lien avec le passé car elles sont isolées. En revanche, celles qui sont répétitives ou celles représentant des vérités générales, elles ont débuté dans le passé, elles continuent au moment de l’énonciation et se poursuivront dans le futur.

Le tableau suivant montre   la récurrence du ‘’présent’’ employé par le locuteur :  

    

                                                                           Le présent

 

Action en cours (actuelle)

Etat

Itératif

Vérité générale

Nombre

77

44

8

12

 

            Le tableau donne à voir que le nombre des actions actuelles du narrateur dépasse largement celui des actions itératives, et celui exprimant son état   ou une vérité générale, c’est-à-dire, le texte reste ancré dans un présent crée par le narrateur pour lui donner une vivacité et une actualité afin d’affirmer le véridique du récit :

            -‘’Mais, j’ai un peu honte maintenant de décrire d’avoir voulu décrire André…’’ (PSB,  p.38)

En décrivant son ami, le narrateur sent une sorte d’inconvenance et une gêne envers le lecteur potentiel. En fait, dans la description de son ami, il se sert d’une épithète à caractère péjoratif en l’occurrence,’’ obèse’’.  Il se blâme pour avoir attiré l’attention du lecteur sur un aspect physique désagréable et non sur les caractéristiques morales positives et les qualités de son ami. La sensation est donc momentanée et subite puisqu’il poursuit sa description à la suite de sa prise de conscience, en citant toutes les aptitudes, mettant en valeur sa relation avec son ami.

Pour dévoiler son état, le narrateur emploie un présent de description qui dresse son mental et son physique au moment de sa prise de parole :

-‘’ je me place ici du strict point de vue de témoin …’’ (PSB, p.12)

Le locuteur réaffirme son statut de témoin déjà mentionné à l’incipit pourque le lecteur le garde en mémoire et admet les faits transmis via le locuteur. Bien que les prédicats exprimant l’état soient assez fréquents, ceux qui sont purement itératifs restent quasi restreints dans le texte :

-‘’j’ai l’habitude de préciser à mes interlocuteurs…’’ (PSB,p.9 )

Le locuteur affirme explicitement un fait répétitif au moment de l’énonciation, qui s’est déroulé dans le passé et se reproduira dans le futur. L’expression ‘’avoir l’habitude’’ se trouve liée sémantiquement avec le prédicat ‘’préciser’’, ainsi le fait de’’ préciser’’ devient une action qui se répète chaque fois que les mêmes conditions d’énonciation se présentent.

Le présent peut aussi exprimer une vérité générale éternelle :

-‘’ Tous les insectes ne sont pas nés dans la même bouse.’’ (PSB,p.13)

Le narrateur avance une réalité scientifique indiscutable car c’est en tant que spécialiste d’insectes qu’il déclare cette réalité.   

Si le présent contribue à octroyer un aspect du réel, le passé aussi atteste ce rôle sans aucune perplexité.

 3-2-Le passé D’une manière générale, le passé exprime des actions déjà accomplies au moment de l’énonciation. Plusieurs temps verbaux l’expriment selon l’intention du locuteur et la durée de l’action sur la ligne du temps (passé composé, imparfait, passé simple, etc). Toutefois, pour affirmer la valeur déictique situationnelle, le locuteur n’utilise que le passé   composé afin de construire ses énoncés dont les faits sont préalablement achevés par rapport à la situation d’énonciation.

Le narrateur commence son texte par une série d’interrogations exclusivement au passé composé s’interrogeant sur son sort, celui de sa compagne et sur les causes provoquant sa décision de s’isoler de la vie civile :

‘’ Par quelle odieuse supercherie du destin notre rêve s’est-il démantelé ? comment en sommes-nous arrivés là ? pourquoi ai-je été contraint de fuir la cité, et toute vie civile ?’’ (PSB,  p.11)

Ce sont des interrogations rhétoriques qui préparent le lecteur aux incroyables et sinistres évènements en l’incitant à la continuation de l’acte de lecture. Et le narrateur clos son discours par une autre série d’interrogations qui se présentent dans l’explicit du roman :

’À quel moment l’idée m’est-elle venue de m’improviser chroniqueur ? Peut-être tout bêtement, le jour où je suis tombé sur un vieux répertoire épais et encore vierge ‘’ (PSB, p.155)

Toujours au passé composé, cette série d’interrogations dévoilent le moment de sa décision de jouer le rôle du chroniqueur-témoin d’une prouesse scientifique. C’est la vue de ce ‘’vieux répertoire’’ qui a suscité chez lui l’envie de documenter son témoignage. Par ce fait, le passé composé donne une dimension de plausibilité au discours du narrateur.  Ce passé est vu comme pire que l’avenir déliquescent qui marque la fin des circonstances des évènements causé par la découverte scientifique de la substance permettant de privilégier la naissance des garçons au détriment de celle des filles.

            Le recul dans le temps se présente comme un retour délibéré pour montrer des sociétés du’’ Nord’’ et ‘’Sud’’ tiraillées par cette découverte. Dès lors, un « chiasme diégétique 29» se dessine : l’anticipation temporelle se fait pour retracer la régression sociale  des communautés touchées par ce phénomène. Ainsi, le passé composé est le mieux placé pour convaincre le lecteur potentiel de la véracité des faits.

            Dans ces séquences, le passé fonctionne tel que V. Stiénon appelle ’’ Le rétrofuturisme’’30 qui est un futur considéré comme déjà advenu à partir d’un futur plus lointain encore’’.  Sans doute, il implique une double temporalité, dont l’une est inclue dans l’autre.  Et la dynamique de la diégèse exige de la part du lecteur un regard rétrospectif afin de se rendre compte de la réalité supposée devoir advenir.

3- : Le futur

Pour annoncer les événements postérieurs à l’acte de l’énonciation, le narrateur se sert du futur.   Ce sont des actions qui interviendront plus tard selon l’intention du locuteur.  En fait le futur employé dans le récit est seulement un futur par rapport au personnages, néanmoins il reste dans le cadre du passé du point de vue du lecteur puisque le narrateur se déclare dès le début de la fiction comme un témoin des faits déjà accomplis. Ce qui ne remet pas en question le registre du   vraisemblable. Ainsi, il prend le rôle d’un historien du futur

Cependant l’étrangeté de ce passé, étant lui-même un futur, conduit à un isolement du narrateur- personnage avec sa compagne dans ce futur   en quête d’une vie plus calme loin des atrocités de leur monde. Par conséquent, le narrateur prend la décision de passer le restant de sa vie avec sa compagne dans une résidence secondaire, aux Aravis, dans les Alpes de Haute-Savoie où sa famille possède depuis quatre générations ‘’ un pan de montagne, une grange à bétail, une grotte de flanc, une cabane de berger, …’’(PSB p.118). Préférant les incommodités montagnardes, ils y passent leurs retraites  à cause de l’agression que Clarence, sa compagne, a subi la forçant à abandonner ses projets de voyages.

Le futur, dans ce récit, est présenté comme un passé  dont les événements futuristes sont déjà advenus. C’est donc un futur encadré par une temporalité plus lointaine que le futur de la diégèse elle-même.  

Le fait qu’il s’agit d’un roman d’anticipation 31, exige un certain réaménagement du rapport du futur avec le présent, comme l’explique Saint-Gelais : « […] l’anticipation provoque un court-circuit, en soi déconcertant, entre écriture et narration : il faut faire entrer en ligne de compte le moment de la rédaction pour que la narration rétrospective apparaisse curieuse, le récit étant à la fois prospectif sur le plan de la rédaction et rétrospectif sur le plan de la narration 32 ».  Autrement dit, il faut que le lecteur garde une « double perspective face au monde fictif, futur pour lui mais traité par le texte comme appartenant à un passé, … 33».

            L’explicit du texte décrit un monde utopique tant espéré par le narrateur, dans lequel la médicine après avoir vaincu toutes les maladies, n’a pour objectif que de faire ralentir voire empêcher le vieillissement et reculer la mort ’’ un monde où la liberté et la prospérité  se seraient répandus …..’’ (PSB p.157) et où ‘’ l’ignorance et la violence auraient été bannis. ‘’ (PSB p. 157)

            C’est donc un futur hypothétique irréalisable affirmant que le récit est une dystopie puisque le narrateur n’a pas réussi à atteindre son utopie : ‘’ le monde tel que je l’ai connu m’apparaitra comme un vulgaire cauchemar, et c’est le monde de mes rêves qui prendre des allures de la réalité.’’ (PSB p.157). En somme, le récit, grâce à sa temporalité futuriste permet aux protagonistes de procurer du sens à leur existence en se positionner dans le temps et l’espace qui sont les leurs.  

Bien que l’avenir reste encadré dans le cercle de l’impossible, l’auteur dispose de plusieurs éléments pour affirmer la dimension du possible dans le texte.

 -Le début du roman

 Le déclic des  circonstances surgit lors d’un séminaire scientifique sur la place du  scarabée dans   l’Histoire pharaonique Égyptienne. Le narrateur présente les faits comme réels et ce n’est qu’à la page 12 du roman que le lecteur découvre qu’il s’agit d’un récit futuriste 34  

-Les métiers des personnages :

 Le protagoniste est un ancien professeur en entomologie spécialisé dans l’étude des scarabées et sa compagne est une journaliste d’investigation.

 -Les noms des pays, des villes et des régions :

 Caire (PSB p.12),  Aravis, Haute-Savoie(PSB p.118), (Madagascar, Inde, , Amazonie (PSB p.127 ), Paris, Londres, Berlin, Chicago (PSB p. 90 )Naples Athènes Istanbul  (PSB p.45), …

-Les termes scientifiques  : ‘ … le phylloxéra ou la Propillia japonica, l’onophèle ou la mouche tsé-tsé’’(PSB p. 12) ; scarabée appelé sisyphus (PSB p.15)

 les définitions scientifique :

- ‘’larve’’… (PSB p.36)  

- coléoptères ;  lépidoptères (papillons ) (PSB p. 126)

- la précision des nombres :

 ‘’… il nait  en moyenne cent cinq garçons pour cent filles ; les chiffres de l’enquête donnent, pour cent filles, de cent douze à cent dix neuf garçons … (PSB p.45)

-La précision des dates :

-‘’Ni ce jour, ni lundi,..’’ (PSB p. 34)

-‘’Le dimanche qui a suivi le retour de clémence’’ (PSB p.40)

-‘’ la date annoncée est le 8 décembre, …’’ (PSB p ; 47)

Tous ces éléments contribuent à l’intersection des deux mondes fictionnel et réel. Ils renforcent les nuances du possible et attribuent à révéler  un aspect véridique des faits. Non seulement’’ le monde fictionnel réfère au monde actuel, mais les deux ‘’ se recoupent’’ 35  .

Conclusion

La dystopie est inspirée de nos inquiétudes et de nos peurs face à un avenir méconnaissable. Elle s’en nourrit pour créer un non-lieu inhabitable. La dystopie nous rappelle souvent la cruauté du monde dans lequel nous vivons car le récit se situe toujours dans un univers qui ressemble au nôtre et décrit ce qui pourrait se réaliser dans le futur.   

 L’intrigue dans PSB se base essentiellement sur une réalité historique ainsi qu’une prouesse scientifique. L’auteur est parti d’un fait historique réel en lui attribuant, sur le plan fictionnel, des séquences narratives sinistres et effrayantes, d’où le caractère uchronique du texte. Il a modifié un élément de l’histoire pour pouvoir changer l’avenir et le déroulement des évènements dans le récit.

Ce récit simple et limpide cache en lui toutes les peurs et les doutes de notre époque. Il n’y a jamais de fin heureuse avec les histoires du genre dystopique.  L’auteur narre le récit avec une vision philosophique pour annoncer une fin de siècle déconcertante, avec un regard inquiet vers le vingt et unième siècle, si présent déjà.

C’est pourquoi la compagne du narrateur n’a pas terminé sa carrière de la façon qu’elle souhaitait étant victime d’un accident l’ empêchant de réaliser son rêve. En effet, dans l’univers de la dystopie, les protagonistes se trouvent en permanence dans l’obligation de lutter pour leur survie et pour défendre leurs principes et convictions contre des pouvoirs despotiques36

            D’ailleurs les déictiques ainsi que la temporalité, susceptibles de révéler les aspects du récit, révèlent l’aspect de la vraisemblabilité et la liaison des séquences narratives avec la réalité.  

Bref, PSB est un livre   qui porte un regard inquiet sur l'avenir de la civilisation. Le récit se présente comme un discours féministe qui passe par la fiction à travers des composantes anticipatives pour agir et changer l’injustice que les femmes subissent et en souffrent même dans les pays dits développés.  En plus du rôle prépondérant de la femme   pour la survie de la race humaine, l’auteur souligne l’envergure de son existence dans la vie  qui perdra de sa douceur et de son innocence avec sa disparition. Pouvons-nous prévoir ce qui nous attend réellement dans le futur ? Ce récit en tout cas présente l'une des possibilités de notre avenir.

Notes

1 https://dictionnaire.lerobert.com/definition/dystopie

2- « Comptes rendus », Romantisme, vol. 178, no. 4, 2017, pp. 151-167

3-Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, t. I, 1966, t. II, 1974.

4Nous nous sommes restreints aux déictiques concernant le narrateur dans le récit et discours

5Citons à titre d’exemple : Leila Dounia Mimouni, « Le premier siècle après Béatrice de Amin Maalouf : roman de science fiction? », Insaniyat / إنسانيات [En ligne], 38 | 2007, mis en ligne le 06 août 2012, consulté le 10 août 2024. URL : http://journals.openedition.org/insaniyat/3215 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insaniyat.3215 , aussi  nous pouvons citer :  Ardua, (collectif). « Natacha Vas Deyres : L’expérience science-fictionnelle d’Amin Maalouf : Le Premier siècle après Béatrice (1992), un futur sans femmes ». Amin Maalouf : Heurs et Malheurs de la Filiation, Passiflore, 2016.

6 -L’uchronie est définie comme étant un ‘’récit d'évènements fictifs à partir d'un point de départ historique’’. https://dictionnaire.lerobert.com/defi nition/uchronie

7Philippe Ethuin, « L’uchronie dans la presse française (1857-1945) : les usages d’un mot. », Belphégor [En ligne], 21-1 | 2023, mis en ligne le 25 avril 2023, consulté le 10 août 2024. URL :http://journals.openedition.org/belphegor/5204 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.520  

 

8-Deléage, Estelle, et Laurent Garrouste. « Inventer une autre politique dans un monde défait », Écologie & politique, vol. 46, no. 1, 2013, pp. 5-11.

9-Van Den Heuvel, Pierre. “Le rôle des déictiques dans la constitution du sujet”. Voix, Traces, Avènement, edited by Alain Goulet, Presses universitaires de Caen, 1999, https://doi.org/10.4000/books.puc.9927

[1]0- Cf. les dictionnaires : Jean Dubois et al., Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Paris, Larousse, « Trésors du français », 1994 ; Oswald Ducrot et Tzvetan Todorov, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, « Point », 1972 ; Algirdas Julien Greimas, Sémiotique : dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1993.

[1]2Van Den Heuvel, Pierre. “Le rôle des déictiques dans la constitution du sujet”.    op.cit

13-BOURGET, Veronique Shott, Approche de la linguistique, A. Colin, Paris, 2005, P.78

[1]4- C’est-à-dire que le narrateur est impliqué dans l’histoire qu’il raconte.

15- Maingueneau, D. Linguistique et littérature : le tournant discursif, Praspective della francesistica, 2000 p. 32.URL : https://vox-poetica.com/t/articles/maingueneau.html

[1]6- Charaudeau indique que parmi les actes   locutifs :  nous pouvons trouver les allocutifs, les élocutifs qui se réfèrent à la première personne   et aussi le pronom personnel “nous’’ employé par le locuteur pour se désigner lui-même. Tandis que Les élocutifs comportent les pronoms, les adjectifs possessifs. (Charaudeau  , Grammaire du sens et de l’expression. Paris, Hachette, 1992, pp. 574-576)

17 - BENVENISTE, Emile, Problèmes de Linguistique Générale, op.cit. pp. 252-253

 

18-Dialogue qui s’étend de la page 59 à 63 du roman

 

19 -Cette technique apparait dans plusieurs séquences, à titre d’exemple p. 70 ,71, 85, 91

20 -Le narrateur est un scientifique, donc le lecteur ne peut guère avoir du doute envers les informations divulgués.

2[1] -Philippe Gilles,’’ Embrayage énonciatif et théorie de la conscience : à propos de l' Être et le Néant.’’ In: Langages, 29e année, n°119, 1995. pp. 95-108. doi : 10.3406/lgge.1995.1725

22-Maingueneau, Dominique. L’énonciation en linguistique française Paris, Seuil , 2016,p.34

23 -Cf Cesare, Anna-Maria de, 2011. « L’italien Ecco et les français voici, voilà. Regards croisés sur leurs emplois dans les textes écrits », Langages, 184, 51-67.

 

24-DUBOIS, Jean et al, Dictionnaire de linguistique, Larousse, Paris,op.cit, 2002. P.137

25-MAINGUENEAU, Dominique, Approche de l'énonciation en linguistique française, Hachette, Paris, 1981, p. 22.

 

26 -MAINGUENEAU, Dominique, Eléments de linguistique pour le texte littéraire, Hachette, Paris, 1976, p. 17

27 -Clarence, la compagne du narrateur a eu un accident loin de son domicile et a été sauvé grâce à la présence de leur ami Nancy.

 

28-CF Valérie Stiénon, « Des temps difficiles : usages de la temporalité dans le récit dystopique», Belphégor [En ligne], 21-1 | 2023, mis en ligne le 25 avril 2023. URL : http:// journals.openedition.org/belphegor/5329 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.5329

29  -Cf Maingueneau, D. (2016). L’énonciation en linguistique française Paris, Seuil op. cit p.36

 

30-CF Valérie Stiénon, « Des temps difficiles : usages de la temporalité dans le récit dystopique», op cit. le D’une façon générale , le chiasme est une figure de style,  qui font partie des figures de style d’antithèse ou d'opposition, qui consiste à rapprocher deux énoncés, ayant parfois des sens opposés, en les mettant en parallèle selon une structure AB-BA,  comme par exemple ‘’ Un pour tous, et tous pour un.’’

31  -Ibid

32 -les événements se déroulent au futur lointain

Saint-Gelais, Richard,L’Empire du pseudo. Modernités de la science-fiction, Québec, Nota Bene, 1999, p.20

33  -Ibidem

34 -Rappelons que la date de parution du roman est 1992 et que l’écrivain a précisé    que les événements ont commencé aux alentours des années 2000 ‘’ au voisinage de l’année de trois zéros’’  (PSB p.12)

 

35 -CF Valérie Stiénon, « Des temps difficiles : usages de la temporalité dans le récit dystopique,  op cit

36- Représentés dans le roman par les pays du Nord développés et leurs confrontation  avec le Sud sous développé

 

Références
Roman objet de l étude :
Maalouf, Amin, Le premier siècle après Béatrice, Grasset et Fasquelle, Paris 1992
Livres
- BENVENISTE, Emile, Problèmes de Linguistique Générale, Tome. I, Gallimard, Paris, 1983.
BOURGET, Véroniques Shott, Approche de la linguistique, A.Colin, Paris, 2005.
Charaudeau, Patrick, Grammaire du sens et de l’expression, Paris : Hachette, 1992
Maingueneau, Dominique :
                                              - L’énonciation en linguistique française Paris, Seuil, 2016.
                                              - Les termes clés de l’analyse du discours, Paris, Seuil, (2009).
                                              -Approche de l'énonciation en linguistique française,           Hachette, Paris, 1981 .
                                              - Eléments de linguistique pour le texte littéraire, Hachette, Paris, 1976
- Saint-Gelais, Richard, L’Empire du pseudo, Modernités de la science-fiction, Québec, Nota Bene, 1999
 
 
Dictionnaires
-Jean Dubois et al., Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Paris, Larousse, « Trésors du français », 1994 ; Oswald Ducrot et Tzvetan Todorov, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, « Point », 1972 ; Algirdas Julien Greimas, Sémiotique : dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1993.
Articles
- Cesare, Anna-Maria de, 2011. « L’italien Ecco et les français voici, voilà. Regards croisés sur leurs emplois dans les textes écrits », Langages, 184, 51-67.
- Deléage, Estelle, et Laurent Garrouste, 2013. « Inventer une autre politique dans un monde défait », Écologie & politique, vol. 46, no. 1, pp. 5-11.
Ethuin, Philippe  « L’uchronie dans la presse française (1857-1945) : les usages d’un mot. », Belphégor [En ligne], 21-1 | 2023, mis en ligne le 25 avril 2023, consulté le 10 août 2024. 
-« Comptes rendus », Romantisme, vol. 178, no. 4, 2017, pp. 151-167
- Gilles, Philippe’’ Embrayage énonciatif et théorie de la conscience : à propos de l' Être et le Néant.’’ In: Langages, 29e année, n°119, 1999, pp. 95-108. doi : 10.3406/lgge.1995.1725
- Maingueneau, Dominique. Linguistique et littérature, (2000). ‘’le tournant discursif’’, Praspective della francesistica nel nuava assetto della didatticauniversitaria, Edition Gabriellla Fabbricino : 25-38, [En ligne], consulté le 28 mai 2023 à 17 heures 27.
 
- Van Den Heuvel, Pierre, 1999,. “Le rôle des déictiques dans la constitution du sujet”. Voix, Traces, Avènement, edited by Alain Goulet, Presses universitaires de Caen, https://doi.org/10.4000/books.puc.9927
 
Sitographie
https://vox-poetica.com/t/articles/maingueneau.html,
https://doi.org/10.48734/akofena.n008v3.35.2023
http://journals.openedition.org/belphegor/5204 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belphegor.520