Document Type : Original papers
Author
کلية الألسن- جامعة عين شمس
Abstract
Keywords
Main Subjects
Introduction : Outil de communication primordial entre les différentes langues et cultures, la traduction représente un champ d’études très large, d’autant plus qu’elle s’étend aux différents types de textes portant sur des domaines variés. Les difficultés que doit surmonter un traducteur pour rendre le message d’un texte quelconque dépendent, le plus souvent, du niveau de complexité du style utilisé dans le texte source : défis lexicologiques, syntaxiques et phraséologiques. Tous sont des obstacles qui entravent la compréhension du texte, d’une part, et la reproduction fidèle et correcte du message dans la langue cible, d’autre part.
Franchir ces obstacles s’avère plus difficile lorsqu’il s’agit d’un texte spécialisé. Axé sur un domaine de spécialité (médical, économique, juridique, etc.), un tel texte se caractérise par un langage fort particulier et, parfois, par des règles syntaxiques distinctives susceptibles d’entraver davantage la phase de compréhension dans le processus traductionnel. Aussi le traducteur d’un texte spécialisé doit-il être doté d’un bagage cognitif pertinent. C’est afin de bien comprendre le vouloir-dire d’un texte spécialisé qu’il doit avoir suffisamment d’informations sur le domaine auquel appartient le texte source ainsi qu’une compétence bilingue satisfaisante qui lui permet de le reproduire convenablement dans la langue d’arrivée. En fait, pour traduire un texte spécialisé, il ne suffit ni de comprendre grosso modo le message ni d’expliquer le contenu sémantique de la terminologie utilisée. Un bon traducteur s’engage à comprendre chaque détail contextuel et linguistique et, par conséquent, à trouver le correspondant pertinent de chaque terme.
Considérée comme étant le genre le plus compliqué, la traduction juridique est exclusivement typique. En fait, le langage juridique est « singularisé par un ensemble de traits qui tiennent autant à l’existence d’un vocabulaire spécialisé qu’aux particularités de sa structuration sur le plan stylistique, syntaxique, lexical et sémantique. » (Dincă, 2005, p. 160). Un traducteur d’un texte juridique doit donc tenir compte de la terminologie pertinente ainsi que de la phraséologie du texte source. En outre, la traduction juridique diffère de tous les autres domaines de la traduction spécialisée vu la relation étroite entre les textes juridiques et le système du droit du pays, donc de la société, en question. D’ailleurs, « même s’il existe en principe un fonds commun entre deux systèmes de droit, chaque culture juridique a ses particularités, qui donnent lieu à des termes spécifiques » (Harvey, 2002, p. 40). C’est la raison pour laquelle le traducteur doit faire une documentation adéquate sur le système juridique qui fait l’objet du texte à traduire pour bien en assimiler le message et le reproduire par les analogies correspondantes dans la culture cible.
Une telle mission semble facile pour les jurilinguistes dont le travail consiste souvent à étudier les points de divergence et de convergence entre les différents systèmes de droit dans le cadre d’un code précis (code pénal, code électoral, code civil, etc). Aussi s’engagent- ils à explorer à fond les différentes lois et à en découvrir la terminologie pertinente qui leur serait utile le cas échéant. Il en est de même pour un traducteur chevronné. Bien qu’il ne soit pas spécialiste en droit, ses compétences linguistiques et ses expériences traductionnelles lui permettent de présenter au lecteur cible une traduction aussi précise que le texte source.
Mais pour un apprenant de traduction, la situation est évidemment plus compliquée. Faute de base juridique et d’expérience, la traduction d’un texte juridique n’est pas un processus spontané pour lui. C’est pourquoi il a besoin d’un guide pour qu’il puisse relever un tel défi. C’est donc avec son enseignant qu’il découvre les difficultés à surmonter ainsi que les outils qu’il devrait posséder.
Enseignante de traduction pendant de longues années, nous avons eu la chance de travailler la traduction juridique avec les étudiants de la licence. Pour eux, ce module est toujours leur défi majeur pendant les 4 années universitaires. En étudiant la traduction, ils avaient souvent tendance à adopter la théorie interprétative de Danika Seleskovitch. Ils pensaient que, pour être fidèle au texte source, il suffit d’en rendre le message, le vouloir-dire de l’auteur, abstraction faite du lexique utilisé puisque « La préoccupation centrale de la théorie interprétative est la question du «sens» » (Raková, 2014, p. 145). En fait, la théorie de sens de Seleskovitch est basée sur 3 axes essentiels : la compréhension, la déverbalisation et la reformulation. L’originalité de cette théorie, selon Raková, réside dans la seconde phase de déverbalisation qui consiste à isoler les idées principales du texte que le traducteur devrait ensuite reformuler dans une langue différente. Aussi peut-on dire que « le traducteur transcende le niveau des mots pour s´approprier le sens d´un texte » (Raková, 2014, p. 149). Raison pour laquelle les étudiants préfèrent cette approche qui leur permet de surmonter les obstacles lexicologiques dans les textes à traduire. Mais ils ont trouvé, grâce aux applications continuelles, que la traduction juridique, est un cas exceptionnel. Bien que la phase de compréhension soit toujours indispensable comme toute traduction générale ou spécialisée, la précision et l’exactitude de la terminologie juridique ne leur permettent pas de continuer à adopter exclusivement la même théorie.
Tenant à présenter une traduction aussi précise que le texte source et se référant à la théorie wüstérienne de la terminologie, l’apprenant-traducteur cherche la terminologie pertinente dans les dictionnaires bilingues. Selon Wüster, les deux caractéristiques essentielles d’un terme sont : la monosémie et l’univocité. Un terme n’a qu’un seul signifié et, de même, un concept n’est représenté que par une désignation unique. De plus en plus convaincus, les étudiants comprennent qu’un terme juridique ne doit avoir qu’un seul correspondant dans la langue cible.
Mais est-ce que les étudiants trouvent-ils effectivement un correspondant unique à chaque terme ?
En fait, la tâche devient plus compliquée quand ils découvrent qu’il ne suffit pas simplement de chercher le correspondant de chaque terme dans un dictionnaire bilingue. Ils se trouvent souvent confus face à deux ou trois correspondants proposés. Leurs questions évidentes donc : sont-ils des synonymes interchangeables ? le terme juridique à traduire est ainsi polysémique ? peut-on donc battre en brèche les notions de monosémie et d’univocité terminologiques ? en cas de pluralité de correspondants, comment choisir le plus pertinent dans la langue cible ? Est-ce que la nouvelle technologie lui serait un outil d’aide satisfaisante ?
C’est afin de répondre à ces interrogations que nous avons décidé de faire la présente étude. Nous avons choisi comme corpus des textes juridiques informatifs « portant sur un sujet juridique à l’intention du profane » (Harvey, 2013, p. 32) pour deux raisons : exclure les problèmes syntaxiques qui caractérisent souvent les textes normatifs et démontrer que la précision de la terminologie juridique est un impératif dans tous les textes à teneur juridique même s’ils ne créent pas la norme législative.
Pour un non-spécialiste, les différents correspondants sont des synonymes, donc mots interchangeables. En fait, « les dictionnaires de langue contribuent à encourager cette synonymie. Ils proposent en effet des convergences (assimilations) lexicales en donnant des listes de mots indiqués comme synonymes et ne signalent que rarement les divergences (dissimilations) lexicales qui, pourtant, seraient utiles » (Durieux, 1996-1997, p. 98). Mais pour un expert ou même un apprenant en traduction qui mène des recherches et approfondit ses lectures dans des textes similaires, il s’agit plutôt d’hétéronymes non-interchangeables car chacun porte une nuance intra-domaniale. C’est le contexte verbal qui permet au traducteur de choisir le correspondant le plus pertinent.
D’ailleurs, la pluralité de correspondants pour la terminologie juridique suscite des discussions continuelles pendant les cours avec nos étudiants. La question évidente qu’ils ne cessent de poser est : Pourquoi choisir ce correspondant et exclure l’autre ? Pour eux, puisque le dictionnaire bilingue présente plus d’un correspondant pour un terme, nous comprenons qu’ils renvoient tous au même concept et, donc, qu’ils sont substituables ; prenant en considération les deux axes de la théorie terminologique de monosémie et d’univocité.
En fait, ce problème s’avère plus saillant dans la traduction de l’arabe vers le français. Alors que le terme juridique français n’a souvent qu’un équivalent arabe dans le dictionnaire bilingue, un terme arabe y a souvent plus d’un équivalent ou correspondant français. Une telle correspondance est « appelée fourche lexicale [qui] impose l’analyse des contextes caractéristiques en vue du choix correct de l’hétéronyme » (Cilianu-Lascu, 2005, p. 115).
C’est dans le but de répondre aux questions des étudiants et de justifier nos choix traductionnels que nous tenons à mettre en lumière la typologie des termes juridiques. À vrai dire, ceux-ci peuvent être divisés en : mots spécifiques, mots courants et mots de double provenance. Les mots spécifiques « sont caractérisés par une grande technicité et peuvent paraître aux non-initiés comme opaques et hermétiques » (Biroul, 2005, p. 168), comme les termes « dol » , « pourvoi en cassation », « الاستئناف». Quant aux mots courants, ils font partie de la langue commune sans aucune connotation juridique mais, « appartenant au vocabulaire de soutien » (Scurtu, 2008, p. 892) selon Gémar, ils sont utilisés dans les textes juridiques comme outils d’enchaînement logique. Pour les mots de double provenance ou à double appartenance, ils sont des mots que le langage juridique a puisés dans la langue commune et qui, ayant un sens premier dans celle-ci, revêtent un sens secondaire dans le contexte juridique. Ce sont les mots que « Y.Gentihlhomme (1994) appelle « termes larvés »…des mots qui à première vue, semblent appartenir au vocabulaire commun mais qui, dans la discipline considérée, acquièrent un contenu particulier. » (Durieux, 1996-1997, p. 97). Pourtant ces mots à double appartenance peuvent garder leur sens premier dans le langage juridique mais ils deviennent plus précis et plus spécifiques par leur adjonction à un terme purement juridique. Par exemple, le mot « droit » signifie en français « Ce que chacun peut exiger, ce qui est permis, selon une règle morale, sociale. » (Le Robert en ligne) ayant comme équivalent arabe «حق ». Alors que son sens secondaire acquis dans le langage juridique est « Règles juridiques en vigueur dans un État correspondant à la coutume, à des lois (➙ code), à des jurisprudences. » (Le Robert en ligne) qui est rendu en arabe par le mot « قانون». En arabe, le mot « محكمة» est un exemple pertinent du second cas des termes à double appartenance. Ne désignant pas de concept différent dans le langage juridique, il devient plus spécifique dans le langage juridique lorsqu’il est associé au complément de nom « النقض» ou « الاستئناف» ayant chacun un sens spécialisé différent.
En fait, la fourche lexicale est plus riche en cas de termes juridiques à double appartenance. Comme nos étudiants trouvent une difficulté à choisir le correspondant le plus adéquat en traduisant surtout vers le français qui n’est pas leur langue maternelle, nous avons décidé d’étudier la problématique des hétéronymes en prenant comme corpus des textes arabes surtout ceux qui ont suscité de vives discussions en classe.
Essayant de nous libérer du rôle purement pédagogique, nous tenons à devenir avec nos étudiants « modérateur et réviseur, prêt à relever les incohérences et à les remédier » (Arrame, 2002, p. 48). Avant toute tentative de traduction, il faut les guider par une méthodologie adéquate au langage juridique et leur corriger certains préjugés, ayant comme base 2 axes : la théorie terminologique communicative ainsi que le procédé de l’équivalence fonctionnelle.
D’ailleurs, la théorie terminologique générale de Wüster est née de l’objectif du théoricien autrichien, ingénieur en principe, d’élaborer un dictionnaire des termes techniques. C’est la raison pour laquelle il adoptait une approche onomasiologique qui consiste à chercher le terme adéquat qui désigne un concept. Ayant comme point de départ un concept, voire toute une définition, le terminologue doit trouver le terme qui le désigne. En revanche, quand il démarre son travail à partir d’un terme qu’il doit expliquer, il adopte donc une approche sémasiologique. Pourtant, loin d’être contradictoires, les deux approches se complètent. Nous les adoptons aussi dans toute opération traductionnelle, mais à l’inverse. Avant de s’attaquer à la traduction d’un texte spécialisé, le traducteur doit comprendre le concept que désignent les termes qui se trouvent dans le texte de départ. Ensuite, il passe à l’étape de trouver à chaque concept le terme qui le désigne dans la langue d’arrivée, donc son équivalent. Sa stratégie est donc l’inverse de celle du terminologue : (1) Terme (Texte de départ) àConcept …Approche sémasiologique. (2) Concept à Terme (Texte d’arrivée) ...Approche onomasiologique
D’ailleurs, l’axe de la théorie communicative consiste à étudier la fonction de la terminologie en traduction et souligne que le message peut être communiqué soit en tenant compte de la fonction du texte source donc en étant fidèle à la forme du texte et à la terminologie utilisée, soit en devenant plutôt cibliste en s’engageant à mettre l’accent sur la fonction du texte cible. En effet, sourcier ou cibliste, le traducteur -apprenti comprend que sa mission consiste à présenter un texte équivalent au texte source. Mais comment parvenir à une telle équivalence face à des termes ayant une fourche lexicale dans la langue cible ? S’agit-il d’une équivalence formelle ou fonctionnelle ? Comment peuvent-ils profiter des outils d’aide à la traduction en ligne ?Telles sont les questions auxquelles nous essayerons de répondre à travers la présente recherche.
Comme initiation à la traduction juridique, nous commençons d’habitude avec nos étudiants par des textes jumeaux autrement dit « des corpus comparables » (Frérot & Karagouch, 2016, p. 10). Abordant le même sujet mais dans des langues différentes, ces textes contribuent à sensibiliser les apprenants aux spécificités langagières du texte juridique. Nous choisissons pour démarrer deux contrats de location, l’un est en français et l’autre en arabe. Nous leur demandons de remarquer l’« effet miroir » (Bracchi, 2012, p. 202) qui y existe et de relever du contrat arabe les termes et les expressions qui leur paraissent difficiles et d’en trouver les équivalents dans le contrat français. La tâche semble facile mais un terme à double appartenance suscite pas mal de discussions. D’ailleurs, le mot «نسخة » fait partie du vocabulaire de la langue commune mais il acquiert une connotation juridique dès qu’il est utilisé dans un tel texte. La dernière clause du contrat arabe est formée de la phrase suivante :
"تحرر هذا العقد من نسختين بيد كل طرف نسخة للعمل بموجبها عند اللزوم"
Les étudiants ont relevé aisément la phrase équivalente du contrat français :
« Fait à …, le …
En … exemplaires, dont un est remis à chacune des parties qui le reconnaît. »
Pourtant, en passant à la traduction du contrat arabe dans son intégralité, quelques étudiants ont proposé comme équivalents au terme « نسخة» , « copie » ou « version ». Ils ont justifié leurs choix en confirmant que le dictionnaire bilingue présente les 3 équivalents sans faire aucune distinction : « copie », « version » et « exemplaire ». Ils décident même de recourir à la traduction automatique via 3 outils de traduction gratuits : Google translate, Reverso translation et DeepL Translator, espérant que la nouvelle technologie mettrait fin à une telle confusion. Contrairement à mes attentes, les 3 outils ont donné une traduction commune et correcte : « exemplaire ».
Texte source |
Texte cible |
"تحرر هذا العقد من نسختين بيد كل طرف نسخة للعمل بموجبها عند اللزوم"
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Google translate : Le locataire reconnaît la douzième clause en deux exemplaires entre les mains de chaque partie, exemplaire selon lequel agir en cas de besoin. (17/9/2024) |
Reverso translation : Ce contrat sera fait en deux exemplaires dans les mains de chaque partie une copie. (17/9/2024) |
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Deepl translator : Le présent contrat est établi en deux exemplaires, dont l'un se trouve entre les mains de chaque partie pour être utilisé en cas de besoin. (17/9/2024)
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Quand nous n’acceptons, dans ce contexte, que l’hétéronyme « exemplaire », ils nous demandent une justification plausible. Nous les invitons ainsi à chercher d’autres exemples de contrat en français pour vérifier s’il y existe d’autres hétéronymes pour le terme « نسخة». Bien qu’ils remarquent que « exemplaire » est l’équivalent exclusivement utilisé, ils veulent comprendre la raison. Alors que les trois hétéronymes sont traduits en arabe par « نسخة», ils ne désignent pas exactement la même chose en français. Les étudiants réalisent ainsi qu’en cas de pseudo-synonymie, la consultation d’un dictionnaire unilingue s’avère un impératif. Étant leur guide, nous tenons à leur expliquer que, dans la traduction juridique, nous cherchons autant une équivalence fonctionnelle qu’une équivalence formelle.
En fait, lorsque le skopos du texte source est similaire à celui du texte cible, il existe donc une permanence fonctionnelle. Par contre, si le skopos du texte cible est différent de celui du texte source, il s’agit d’une « variance fonctionnelle ». À l’encontre d’un texte juridique informatif ne donnant que des informations sur un sujet à cachet juridique, le contrat est un texte normatif à effet contraignant pour les parties signataires. Dans un tel cas, les deux textes source et cible, ayant le même skopos, donc la même fonction, doivent faire foi. Il faut donc choisir l’hétéronyme le plus pertinent de la fourche lexicale proposée dans le dictionnaire bilingue en essayant d’en comprendre séparément la signification et de décider lequel sert à reproduire la fonction du texte source.
Selon Le Petit Robert en ligne, les 3 mots sont définis comme ci-dessous :
Copie : Reproduction d'un écrit. ➙ double, duplicata, photocopie. Copie fidèle. Copie certifiée conforme. L'original et la copie. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/copie
Version : Chacun des états d'un texte qui a subi des modifications. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/version
Exemplaire : Chacun des objets (surtout imprimés) reproduisant un type commun. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/exemplaire
Désignant donc un contrat ayant subi des changements, le mot « version » n’est guère adéquat dans ce contexte. Étant la reproduction d’un original, une « copie » n’est pas aussi authentique que le contrat original. Par contre, un « exemplaire » du contrat est un fac-similé portant une signature manuscrite authentique. Comme le contrat doit être contraignant pour toutes les parties, tous les « exemplaires » portant une signature manuscrite sont fiables. Raison pour laquelle, l’hétéronyme « exemplaire » est l’équivalent fonctionnel le plus pertinent dans ce texte.
En fait, la polysémie n’épargne pas les termes essentiellement juridiques. Bien que les corpus comparables soient utiles, les corpus parallèles s’avèrent plébiscités dans les cours de traduction car un texte arabe et sa traduction française servent à « combler les lacunes des dictionnaires et des bases de données terminologiques (…), et compl[ètent] l’utilisation de corpus comparables » (Frérot & Karagouch, 2016, p. 10). Faute d’un corpus parallèle juridique informatif arabo-français, nous avons trouvé opportun de le construire nous-mêmes à partir des traductions proposées par les étudiants. Mais accablés par les autres modules et cherchant à échapper à une documentation fatigante, ils décident de recourir aux outils d’aide à la traduction, surtout la traduction automatique. Bien qu’obstinée à une documentation terminologique avant la traduction, nous avons trouvé que c’est une bonne occasion de faire d’une pierre deux coups : Premièrement, élargir le champ d’étude en possédant à chaque texte une traduction humaine et une autre automatique, et deuxièmement, voir dans quelle mesure la nouvelle technologie aiderait un traducteur-apprenti à surmonter le problème de polysémie dans la traduction juridique.
Prenant comme texte source un article publié en arabe sur le site du syndicat des avocats égyptiens (اسكندر, 2020) portant sur les différentes juridictions en Egypte, nous avons décelé les termes juridiques « polysémiques » ayant plus d’un hétéronyme en français et nécessitant par conséquent un esprit sélectif capable de choisir le correspondant pertinent susceptible de rendre plutôt le sens que la signification et, donc, un texte cible fonctionnellement équivalent.
Cour / tribunal :
Prenons à titre d’exemple le terme « المحكمة» ayant comme fourche lexicale en français « le tribunal » et « la cour ». Le caractère contraignant du langage juridique devient plus déterminant en ce cas, surtout en français. En arabe, nous remarquons l’emploi du terme « محكمة» dans les termes complexes «المحكمة الابتدائية », « محكمة النقض», «محكمة الاستئناف » et « محكمة الجنايات». En revanche, le langage juridique français semble plus précis ; le terme « محكمة» a pour correspondant tantôt « tribunal » tantôt « cour ». Pour traduire donc un texte informatif sur les types de juridiction, les étudiants prennent en considération le terme complexe dans son intégralité et tiennent à maintenir les correspondants que présentent le dictionnaire bilingue :
Texte source |
Texte cible |
المحكمة الابتدائية |
Le tribunal de première instance |
محكمة النقض |
La cour de cassation |
محكمة الاستئناف |
La cour d’appel |
محكمة الجنايات |
La cour d’assisse |
Le correspondant est si clair et bien déterminé que le recours à la traduction automatique semble inutile. Pourtant, un étudiant curieux cherchant toujours une justification pour cette correspondance pose la question « pourquoi ? ». Il trouve la réponse dans plusieurs sources : un dictionnaire de langue unilingue (Le Robert en ligne), des dictionnaires juridiques en ligne et le nouveau dictionnaire juridique que nous leur recommandons. Ci-dessous les définitions trouvées :
La cour : Tribunal. Cour d'appel : juridiction permanente du second degré, chargée de juger les appels. Une cour d'assises. La Cour de cassation. La Cour des comptes. La Haute Cour de justice ou Haute Cour : tribunal chargé de juger le président de la République et les ministres en cas de faute très grave. La Cour pénale internationale. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/cour
Cour : Le juge, un tribunal de droit commun, l'endroit où la justice est administrée. https://www.courtsnb-coursnb.ca/content/cour/fr/terminologie.html#:~:text=Cour%20%3A%20Le%20juge%2C%20un%20tribunal,o%C3%B9%20la%20justice%20est%20administr%C3%A9e.
Siège de justice où l'on plaide (ainsi dit, parce que les cours de justice résidaient primitivement dans la cour du roi ou des seigneurs). Autrefois, il se disait de la plupart des tribunaux ; aujourd'hui on ne le dit que des tribunaux supérieurs. Cour d'assises.
https://www.littre.org/definition/cour
المحكمة: يقال للمحكمة tribunal إذا كانت إبتدائية ، و يقال لها cour إذا كانت رفيعة الدرجة كمحكمة الاستئناف و محكمة النقض أو التمييز أو إذا كانت الأمور التي تحكم فيها خطيرة كمحكمة الجنايات و محكمة العدل الدولية. (Nouveau dictionnaire juridique, p.184)
Le tribunal : Lieu où l'on rend la justice. ➙ palais de justice. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/tribunal
Tribunal : Le juge ou la cour. https://www.courtsnb-coursnb.ca/content/cour/fr/terminologie.html#:~:text=Cour%20%3A%20Le%20juge%2C%20un%20tribunal,o%C3%B9%20la%20justice%20est%20administr%C3%A9e.
Le mot "tribunal", est un vocable générique employé pour désigner toute formation juridictionnelle ayant pour fonction d'apporter une solution à un litige soit entre personnes privées, (individus, associations, syndicats, entreprises, groupements jouissant de la capacité juridique etc).
المحكمة: تدل اللفظة الفرنسية على الهيئة القضائية الابتدائية و تقابلها الهيئات العليا (Nouveau dictionnaire juridique, p.602)
Les étudiants ont remarqué que le langage juridique français est plus précis que l’arabe. Bien que toutes les sources consultées leur aient permis de saisir la différence entre « tribunal » et « cour », ils ont préféré القاموس القانوني الجديد. Etant un dictionnaire bilingue présentant les correspondants arabes des entrées juridiques français, il est surtout exceptionnel car il leur offre, à la fois, le correspondant arabe ainsi qu’une définition du terme en arabe ; la compréhension devient ainsi plus facile.
À l’encontre des termes complexes, le choix du correspondant du terme simple est plus difficile. Dans le même texte arabe (اسكندر, 2020) à traduire, le terme «حُكم » est répété à maintes reprises. Par exemple :
"ويكون الحكم الذي تصدره محكمة النقض حكما باتا."1-
"والأحكام الصادرة من محكمة ابتدائية(...)."2-
"أما محاكم الاستئناف (...) فيُطرح النزاع أمامها مرة أخرى لتفصل فيه بإصدار حكم نهائي."3-
La polysémie d’un tel terme semble déroutante pour un traducteur-apprenti. Pour lui, puisque le dictionnaire arabe-français ne présente pas un correspondant unique, il est libre de choisir l’équivalent qui lui convient. Il hésite surtout entre les 3 hétéronymes « jugement, arrêt et sentence » (شلالة, 1999, p. 84). En fait, cette fois-ci, la traduction automatique n’est pas aussi satisfaisante.
Texte source |
Texte cible |
ويكون الحكم الذي تصدره محكمة النقض حكما باتا |
Google translate : L'arrêt rendu par la Cour de cassation est un arrêt définitif. (17/9/2024) Reverso Translation : Le jugement rendu par la Cour de cassation est définitif. (17/9/2024) Deepl Translator : le jugement rendu par la Cour de cassation est définitif. (17/9/2024) |
والأحكام الصادرة من محكمة ابتدائية |
Google translate : jugements rendus par un tribunal de première instance(17/9/2024) Reverso Translation : les arrêts des tribunaux de première instance(17/9/2024) Deepl Translator : les jugements rendus par une juridiction de première instance(17/9/2024) |
أما محاكم الاستئناف (...) فيطرح النزاع أمامها مرة أخرى لتفصل فيه بإصدار حكم نهائي |
Google translate : Quant aux cours d'appel, (…)le litige leur est donc porté à nouveau pour qu'il soit tranché en rendant une décision définitive. (17/9/2024) Reverso Translation : Les cours d’appel (…) le litige sera de nouveau porté devant eux pour jugement définitif. (17/9/2024) Deepl Translator : Les cours d'appel (…) le litige est à nouveau porté devant elles pour faire l'objet d'un jugement définitif. (17/9/2024) |
La documentation que les étudiants ont faite pour bien comprendre la typologie des juridictions et, par conséquent, produire un texte équivalent sur le plan fonctionnel, leur a démontré que lesdits hétéronymes ne sont pas interchangeables. Ayant suivi la même méthode, ils ont fouillé des textes juridiques comparables et consulté des dictionnaires unilingues ainsi que le dictionnaire juridique bilingue القاموس القانوني الجديد . Ils ont remarqué dans les textes français que, bien que le terme « حُكم» soit utilisé en arabe pour désigner la décision des différentes institutions judiciaires, le langage juridique français fait la distinction entre « le jugement d’un tribunal », « l’arrêt d’une cour » et « la sentence d’un arbitrage ». Quant aux dictionnaires consultés, ils donnent les définitions ci-dessous :
Jugement :
Action de juger ; décision en justice. Le jugement d'un procès, d'un accusé. Prononcer, rendre un jugement. ➙ décision ; arrêt, sentence, verdict. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/jugement
Dans le langage courant on désigne par "jugement" toute décision rendue par une juridiction du premier degré, qui ordonne de payer, de faire ou de ne pas faire ou encore qui prend une mesure d'instruction ou d'exécution. Au point de vue du vocabulaire, les juges de l'ordre judiciaire sont appelés à rendre différents types de décisions qui portent des appellations différentes. https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/jugement.php
حكم: بالمعنى الواسع ما يقضي به أولي وظيفة أو سلطة القضاء، و بالمعنى الفني تدل اللفظة الفرنسية على ما تقضي به المحاكم الابتدائية بخلاف القرار و هو الحكم الذي تصدره محكمة أعلى درجة cour. أما في اللغة العربية فتضاف لفظة حكم إلى المحكمة فيقال حكم ابتدائي أو قرار استئنافي أو حكم محكمة الاستئناف (...) أو النقض. (القاموس القانوني الجديد، ص369)
Arrêt :
Décision d'une cour souveraine ou d'une haute juridiction. ➙ jugement. Un arrêt du Conseil d'État. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/arret
En matière civile, par opposition aux "jugements" qui sont rendus par les juridictions du premier degré (Tribunal de grande instance, Tribunal d'instance, Tribunal de commerce. .etc.), le mot "arrêt" désigne une décision rendue par les juridictions civiles de degré supérieur, (Cours d'appel, et Cour de Cassation) https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/arret.php
حكم استئناف، حكم فاصل: كل حكم تصدره محكمة الاستئناف إلا أن اللفظة الفرنسية يراد بها دائما كل حكم تصدره محكمة عليا يطلق عليها اسم cour (القاموس القانوني الجديد، ص58)
Sentence :
Décision d'un juge, d'un arbitre. ➙ arrêt, jugement, verdict. Prononcer, faire exécuter une sentence. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/sentence
En procédure civile, la "sentence" est le nom donné aux décisions rendues par des arbitres. Mais on peut aussi dire "jugement arbitral ". https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/sentence-d-arbitrage.php
حكم المحكمين، قرار تحكيمي: الحكم الذي يصدره المحكم أو المحكمون. و في فرنسا تطلق اللفظة أيضا على أحكام بعض المحاكم. (القاموس القانوني الجديد، ص556)
Cette distinction terminologique démontre que le micro-contexte est aussi important que le macro-contexte dans le but de garantir une désambiguïsation. En cas de terme juridique polysémique comme «حُكم », le contexte ne suffit pas pour prendre la bonne décision. Il faut analyser le contexte verbal appelé aussi « le cotexte linguistique » (Cilianu-Lascu, 2005, p. 122) autrement dit la phrase dont fait partie le terme. Le vocabulaire qui l’entoure aide le traducteur à faire le bon choix. Aussi le traducteur, l’étudiant dans notre cas, a-t-il séparément analysé le contexte verbal de chaque phrase du texte source. Pour choisir l’hétéronyme pertinent, il doit se poser la question : de quelle juridiction parle-t-on ici ? C’est ainsi qu’il a pu parvenir à une équivalence fonctionnelle des 3 phrases susmentionnées :
Homicide/ Meurtre/ Assassinat :
Passant du général au particulier, nous essayons ensuite de pénétrer des côtés plus approfondis du langage juridique. Nous choisissons donc des textes informatifs sur le code pénal, surtout le crime d’homicide volontaire et involontaire. En effet, 3 termes polysémiques ont suscité en classe tant de discussions enrichissantes : القتل، العقوبة، العفو . Comme ces termes sont empruntés au langage commun, leur traduction dans un contexte juridique constitue un obstacle indéniable, surtout pour les personnes non spécialistes en droit, comme nos étudiants. Le terme semble facile car il a un sens direct et clair. Les étudiants comprennent le concept que désigne chaque terme mais le caractère contraignant du langage juridique français et la précision requise les obligent à choisir de la fourche lexicale présentée par le dictionnaire arabe -français l’équivalent pertinent pour le texte à traduire.
Examinons d’abord le terme «القتل » dans les deux phrases suivantes :
1-فرق قانون العقوبات فى العقوبة بجرائم القتل بين القتل المقترن بسبق الإصرار والترصد، وبين القتل دون سبق إصرار وترصد . (رضوان، 2020)
2-إن القتل الخطأ هو الذي يحدث نتيجة لخطأ من المتهم. (حسني، 2019)
Face à un tel terme simple, l’étudiant pense que la traduction automatique lui serait utile pour reproduire le texte source en français. Pourtant, il trouve que les trois outils de traduction auxquels il a eu recours sont indécisifs ; ils lui proposent deux hétéronymes « meurtre » et « homicide ».
Texte source |
Texte cible |
فرق قانون العقوبات فى العقوبة بجرائم القتل بين القتل المقترن بسبق الإصرار والترصد، وبين القتل دون سبق إصرار وترصد |
Google translate : Le Code pénal établit une distinction entre le meurtre accompagné de préméditation et de délibération et le meurtre sans préméditation et délibération. (30/9/2024) Reverso Translation : La distinction établie par le Code pénal entre l’homicide prémédité et surveillé et le meurtre prémédité. (30/9/2024) Deepl Translator : Le code pénal établit une distinction entre le meurtre avec préméditation et le meurtre sans préméditation. (30/9/2024) |
إن القتل الخطأ هو الذي يحدث نتيجة لخطأ من المتهم. |
Google translate : L'homicide involontaire est celui qui résulte d'une erreur de la part de l'accusé. (30/9/2024) Reverso Translation : Il s’agit du meurtre injustifié qui se produit par la faute de l’accusé. (30/9/2024) Deepl Translator : Un homicide involontaire est un homicide qui se produit par la faute de l'accusé. (30/9/2024) |
La fourche lexicale devient même plus large lorsque nous trouvons dans le dictionnaire un troisième hétéronyme : « assassinat » (شلالة, 1999, p. 172). Hésitant entre les 3 hétéronymes « homicide » , « meurtre » et « assassinat », nous tenons à en saisir la différence sémantique et, par conséquent fonctionnelle. Les dictionnaires analogiques unilingues et les dictionnaires spécialisés (unilingue et bilingue) offrent les définitions ci-dessous :
Homicide :
-Action de tuer un être humain.
https://dictionnaire.lerobert.com/definition/homicide
-Dans un sens large, l’homicide se définit comme le fait de mettre fin à la Vie* d’un être humain (de soi-même ou d'autrui) ; la vie d'un être humain devant être protégée dès l'instant de sa conception jusqu'au moment de son décès naturel ou accidentel.
En droit pénal, on distingue principalement l'Homicide intentionnel* (meurtre ou assassinat) de l'Homicide par imprudence, négligence, ou inobservation des règlements. https://ledroitcriminel.fr/dictionnaire/lettre_h/lettre_ho.htm
-قتل إنسان: هو أن يعتدي المرء على غيره بغير حق و يفقده الحياة. و اللفظة الفرنسية تعني القاتل أيضا. فإن تعمد قتل خصمه فهوالقتل العمدhomicide volontaire و إن سبق له تدبير الأمر و الإصرار عليه كان القتل مع سبق الإصرار homicide avec préméditation ، و إن كان لم يتعمد قتل خصمه و إنما وقع القتل خطأ فهو القتل الخطأ homicide involontaire. ( القاموس القانوني الجديد، ص 336)
Le meurtre:
-Action de tuer volontairement un être humain.
https://dictionnaire.lerobert.com/definition/meurtre
-Le meurtre se définit comme un acte humain, voulu comme un acte de violence envers autrui, qui a été perpétré avec l’intention de causer sa mort et qui a produit ce résultat.
https://ledroitcriminel.fr/dictionnaire/lettre_m/lettre_m_mep.htm
-قتل الإنسان: إزهاق روح إنسان إراديا و لكن ليس عمدا أو عن طريق التربص. (القاموس القانوني الجديد، ص412)
L’assassinat :
-Meurtre commis avec préméditation.
https://dictionnaire.lerobert.com/definition/assassinat
-Dans sa définition actuelle l’assassinat constitue une variété du meurtre, aggravé en raison de la préméditation de l'acte homicide.
https://ledroitcriminel.fr/dictionnaire/lettre_a/lettre_a_as.htm
قتل،اغتيال: جريمة إزهاق روح إنسان عمدا أو بغير حق بفعل من شأنه إحداث الموت. (القاموس القانوني الجديد، ص61)
Nous pouvons ainsi déchiffrer le point de divergence entre les 3 équivalents français proposés. Le « meurtre » et « l’assassinat » représentent une infraction pénale commise volontairement mais, respectivement sans ou avec préméditation alors que le terme « homicide » désigne le même acte criminel mais sans précision. Autrement dit, un « meurtre » est un homicide volontaire alors qu’un « assassinat » est aussi un homicide volontaire mais prémédité. Raison pour laquelle, la traduction des extraits susmentionnés doit être aussi précise que le langage juridique cible.
En effet, nous prenons en considération, à la fois, le contexte et la fonction du texte cible. En fait, nous nous attaquons à un contexte juridique portant sur le code pénal et la distinction entre deux infractions pénales selon les circonstances. Comme l’intention est un facteur commun aux deux crimes « meurtre » et « assassinat », il s’agit donc d’actes volontaires dans les deux cas. C’est pourquoi il serait inacceptable de traduire le terme القتل الخطأ par « meurtre ou assassinant involontaire ». La traduction serait illogique vu la contradiction entre les composantes du terme : le nom « meurtre » ou « assassinat », d’une part, et l’adjectif « involontaire », d’autre part. Le choix de l’hétéronyme « homicide » s’avère ainsi plus adéquat. Par ailleurs, le contexte verbal dans l’extrait n⸰2 contribue à confirmer le caractère informatif du texte. La répétition de la locution nominal « سبق الإصرار و الترصد» dans la phrase prouve que l’auteur du texte arabe veut communiquer une information compliquée à travers un style clair adapté à son destinataire non-initié au droit. La répétition est donc intentionnelle dans le texte source. Comme nous ne voulons pas changer la fonction du texte source, nous avons opté pour le maintien du style dans le texte cible. Aussi avons-nous décidé de garder la répétition, ce qui implique le choix d’un terme convenable ; soit « homicide ». Bien que le terme « assassinat » puisse remplacer tout le groupe nominal « القتل المقترن بسبق الإصرار والترصد», nous l’avons exclu pour ne pas supprimer la répétition. Quant au groupe nominal «القتل دون سبق إصرار وترصد », il n’est traduisible que par l’emploi du terme « homicide » car les termes « meurtre » et « assassinat » sont associés à la volonté qui mène à la préméditation ; ce qui n’est pas le cas ici comme le signale l’auteur. Nous nous sommes donc mis d’accord sur la traduction suivante basée sur l’emploi de l’hétéronyme « homicide » :
Texte source |
Texte cible |
1-فرق قانون العقوبات فى العقوبة بجرائم القتل بين القتل المقترن بسبق الإصرار والترصد، وبين القتل دون سبق إصرار وترصد .
2-إن القتل الخطأ هو الذي يحدث نتيجة لخطأ من المتهم.
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1-Le code pénal fait la distinction entre la peine de l’homicide avec préméditation et guet-apens et celle de l’homicide non prémédité. 2- L’homicide involontaire résulte d’une erreur commise par l’accusé. |
Peine / Sanction :
Dans le même contexte pénal, nous devons traduire le terme «عقوبة ». De la fourche lexicale que les étudiants ont trouvée dans le dictionnaire arabe-français, ils hésitent surtout entre les 2 hétéronymes «sanction » et « peine ». Pour faire le bon choix, ils décident de changer l’ordre des étapes de leur processus traductionnel cette fois-ci et de garder la traduction automatique à la fin comme outil de vérification. Aussi tiennent-ils à consulter un dictionnaire unilingue fiable, soit le Petit Robert en ligne, ainsi que deux dictionnaires spécialisés. Ci-dessous les définitions présentées :
La peine :
-Sanction appliquée à titre de punition ou de réparation pour une action jugée répréhensible.
Sanction prévue par la loi et applicable aux personnes en infraction. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/peine
-La peine est la sanction pénale infligée à l’auteur d’une infraction.
Le Code pénal fixe la nature et le quantum des peines selon qu’elles sont criminelles (Articles 131-1 et 131-2 du Code pénal), correctionnelles (Articles 131-3 et suivants du Code pénal) ou contraventionnelles (Articles 131-12 et suivants du Code pénal). https://mce-avocat.fr/lexique-dictionnaire-juridique/peine-definition-juridique/
عقوبة: (جنائي) جزاء قانوني توقعه الدولة على مرتكبي الجرائم بناء على حكم صادر على المحكمة و قد يصيب الحكم الجاني في نفسه بالقتل أو في حريته بالسجنو الأشغال الشاقة أو في ماله بالمصادرة و التغريم أو في حقوقه الوطنية بحرمانه من حقوق المواطن و قد فرضت العقوبات للردع و القمع و التأديب. (القاموس القانوني الجديد، ص 461)
La sanction :
-Peine établie par une autorité pour réprimer un acte. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/sanction
-La sanction est l’action prise en cas de violation d’une règle de droit national ou international. La sanction a plusieurs buts : punir le coupable, protéger l’ordre public, et affirmer solennellement que la règle de droit survit à ses violations. https://dictionnaire-droit-humanitaire.org/content/article/2/sanction/
الجزاء، العقوبة: الجزاء هو ما يضمن به تنفيذ القانون. و العقوبة هي ما يحكم به على كل من يخالف الأحكام القانونية، و هي واقية أو زاجرةpréventive ، و جابرة أو قامعة répressive. (القاموس القانوني الجديد، ص 552)
La définition du terme « peine » dans le dictionnaire juridique nous permet de comprendre qu’il représente la sanction déterminée par la loi alors que le terme « sanction » est employé dans un sens plus large pour désigner l’action prise par une autorité ou un État en cas de violation des règles. Le texte du code pénal français confirme cette idée en utilisant le terme « peine » pour signaler tous les types de sanctions pénales ; comme le démontre l’extrait ci-dessous de la page officielle du droit pénal français .
« Titre III : Des peines (Articles 130-1 à 133-17)
Tenant à vérifier leur choix, les étudiants passent ensuite à la traduction automatique. N’ayant pas cette confiance aveugle dans les outils de traduction, nous attendons à une variété de correspondants et, par conséquent, à une discussion animée. Cependant, les trois outils ont opté pour le correspondant « peine » pour communiquer la fonction adéquate du terme arabe « عقوبة» tel qu’il est prévu dans le code pénal.
Texte source |
Texte cible |
فرق قانون العقوبات فى العقوبة بجرائم القتل بين القتل المقترن بسبق اإلصرار والترصد، وبين القتل دون سبق إصرار وترصد، فاألولى تصل عقوبتها لإلعدام، والثانية السجن المؤبد أو المشدد (رضوان, 2020)
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Google translate : Le Code pénal établit une distinction entre le meurtre accompagné de préméditation et de délibération et le meurtre sans préméditation ni délibération. Le premier est passible de la peine de mort et le second est la réclusion à perpétuité ou aggravée. (25/11/2024) Reverso Translation : Le Code pénal a différencié la peine pour homicide entre les meurtres prémédités et prémédités et les meurtres prémédités et surveillés. Le premier est passible de la peine de mort et le second de l’emprisonnement à perpétuité ou d’une peine d’emprisonnement avec des peines aggravées. (25/11/2024) Deepl Translator : Le code pénal établit une distinction entre le meurtre avec préméditation et le meurtre sans préméditation et le meurtre sans préméditation. Le premier délit est puni de la peine de mort, le second de l'emprisonnement à vie ou de la réclusion criminelle. (25/11/2024)
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Par ailleurs, les étudiants ont remarqué que le terme « sanction » est utilisé dans le code pénal mais sous la forme de participe passé « sanctionnée » équivalent, dans ce contexte, au participe passé « puni ». C’est la raison pour laquelle, ils en ont profité pour modifier la traduction proposée par Deepl Translate et rendre la fonction pertinente en évitant la redondance dans la tournure « puni de peine » :
Texte source |
Traduction proposée |
(...) فالأولى تصل عقوبتها للإعدام، والثانية السجن المؤبد أو المشدد (رضوان, 2020)
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Le premier délit est sanctionné par la peine de mort, le second de l'emprisonnement à vie ou de la réclusion criminelle. |
Grâce/ amnistie/ pardon :
Par ailleurs, le titre « القتل الخطأ بين العقوبة و العفو» (حسني، 2019) soulève le problème de traduire un autre terme juridique polysémique : «العفو ». Etant un terme à double appartenance, il est facilement compris par tout traducteur apprenti car le concept du pardon qu’il désigne n’est pas exclusivement juridique. Pourtant, les étudiants découvrent sa polysémie dans le langage juridique en trouvant 2 équivalents français proposés dans le dictionnaire juridique bilingue arabe-français : « amnistie » et « grâce » (شلالة, 1999, p. 147). La traduction automatique leur propose même un hétéronyme supplémentaire : «pardon ».
Texte source |
Texte cible |
القتل الخطأ بين العقوبة و العفو |
Google translate : Homicide involontaire entre punition et grâce(3/10/2024) Reverso Translation : Homicide involontaire entre peine et amnistie (3/10/2024) Deepl Translator : L'homicide involontaire entre peine et pardon(3/10/2024)
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Etant dans l’embarras du choix, ils ont dû recourir aux dictionnaires unilingues et même bilingues mais français -arabe. Ci-dessous les définitions des 3 hétéronymes français:
La grâce :
-Pardon, remise de peine, de dette accordée bénévolement. ➙ amnistie, sursis. Recours en grâce d'un condamné à mort.(sans article) Demander grâce. Crier grâce, supplier. elliptiquement Grâce ! ➙ pitié. Faire grâce. ➙ gracier. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/grace
-La grâce présidentielle : elle ne touche qu’à la peine et non à la condamnation elle-même. C’est une prérogative individuelle du Président de la République. https://jurislogic.fr/dictionnaire-juridique/amnistie-definition/
-عفو: حق يملكه رئيس الدولة و قوامه العطف و الرفق بالمحكوم عليهم بعقوبة إما بإعفائهم منهاremise de peine كلها أو من بعضها أو باستبدال عقوبة أخف منها بها commutation de peine . (القاموس القانوني الجديد، ص 328)
L’amnistie :
-Acte du pouvoir législatif par lequel sont suspendues des sanctions. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/amnistie
-Une mesure législative par laquelle une collectivité décide de faire oublier officiellement certaines infractions, en effaçant les condamnations qui en ont découlé. Elle se distingue de la grâce, qui efface seulement la peine sans toucher à la condamnation elle-même. https://jurislogic.fr/dictionnaire-juridique/amnistie-definition/
-العفو الشامل: إجراء استثنائي تمحى به آثار القانون الجنائي العادية، إذ يقضي بأن تمحى رسميا فئة أو فئات من الجرائم، و تنتزع منها صفتها الإجرامية. و بذلك تعطل المقاضاة ، و تقف الإجراءات السارية.و تلغى الإدانات المحكوم بها (مع الاحتفاظ بحقوق الغير) و يصدر العفو الشامل في العُرف المتبع عادة بقرار عام من البرلمان. (القاموس القانوني الجديد، ص 46)
Le pardon :
Action de pardonner. ➙ absolution, grâce. Accorder son pardon à qqn. ➙ indulgence. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/pardon
Radiation d’une condamnation pour infraction criminelle, ce qui fait que la personne n’a plus de casier judiciaire en rapport avec l’infraction commise. La Commission nationale des libérations conditionnelles peut gracier quiconque a purgé sa peine et prouvé qu’il est devenu un citoyen responsable. En règle générale, un délai d’attente doit être observé avant d’être admissible au pardon. (Les tribunaux de Manitoba, 2024)
Il est à noter que le terme « pardon » n’existe pas parmi les entrées du dictionnaireالقاموس القانوني الجديد . Mais il fait partie des entrées juridiques françaises dans le dictionnaire bilingue pratique de Youssef Chlala : « Pardon :صفح،عفو،سماح،غفران » (شلالة, 1999, p. 881).En fait, ce sont les textes comparables qui nous ont permis de comprendre que le terme « pardon » est plutôt le correspondant adéquat du terme « الصفح». Absent du code pénal égyptien, le concept de الصفح fait partie du code pénal d’autres pays arabes. Par exemple, le code pénal algérien prévoit que « le pardon de la victime met fin aux poursuites pénales » (Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, 2024). D’ailleurs, « le pardon peut aussi être octroyé au nom de la société dans le cas de l'amnistie, ou résulter d'une faveur présidentielle, quand il intervient par voie de grâce » (Bouhnik-Lavagna, 1998) . Fortement lié à la demande de la victime, le « pardon » consiste à atténuer ou à annuler la peine. Il s’agit donc de reconsidérer la pénalité, non la culpabilité. N’étant pas le cas dans le texte source que les étudiants doivent traduire, nous avons exclu le terme « pardon ». Par ailleurs, nous comprenons des définitions susmentionnées que, dans le cas d’« amnistie », il n’y a ni peine ni condamnation. L’accusé est donc acquitté. En revanche, la « grâce » est une prérogative exclusivement présidentielle ne supprimant que la peine ; le casier judiciaire de l’accusé n’est plus vierge. Selon le dictionnaire juridique bilingue, « amnistie » est traduit par « العفو الشامل» alors que « grâce» a pour correspondant « العفو». C’est l’adjectif «شامل » qui fait la distinction en arabe entre les 2 catégories de remise de peine. Par conséquent, nous aurions dû traduire le titre ainsi:
Texte source |
Texte cible |
القتل الخطأ بين العقوبة و العفو |
L’homicide involontaire entre peine et grâce |
Pourtant, cette traduction nous paraît inadéquate car le texte ne fait aucune allusion à l’intervention du président de la République. De même, le texte ne porte pas sur l’effacement de la peine dans le cas d’homicide involontaire. Par contre, il jette la lumière sur les différentes peines selon les circonstances de chaque cas :
"من جانبه يقول المحامى خالد محمد، إنه يعاقب بالحبس مده لا تقل عن 6 أشهر، وبغرامة لا تجاوز 200 جنيه، أو بإحدى هاتين العقوبتين، وتكون العقوبة الحبس مدة لا تقل عن سنة ولا تزيد على 5 سنوات، وغرامة لا تقل عن 200 جنيه، ولا تجاوز 500 جنيه، أو بإحدى هاتين العقوبتين، إذا وقعت الجريمة نتيجة إخلال الجانى إخلالا جسيما بما تفرضه عليه أصول وظيفته، أو مهنته، أو حرفته، أو كان متاعطيا مسكرا أو مخدراً، عند ارتكابه الخطأ الذى نجم عنه الحادث.وأضاف المحامى بالنقض، أنه إذا نتج عن القتل بالخطأ أكثر من 3 أشخاص، تكون العقوبة الحبس مدة لا تقل عن سنة ولا تزيد عن 7 سنوات. " (حسني، 2019)
Le texte source pose implicitement l’interrogation suivante : « l’homicide involontaire doit-il toujours être considéré dans le code pénal comme étant un crime passible d’une peine ? ». Comme l’acte n’est pas intentionnel, faut-il condamner son auteur et le sanctionner ? Il s’agit en fait d’une fausse interrogation car l’article de loi ci-dessus montre que l’accusé mérite la condamnation pour avoir fait fi de la vie des autres par sa négligence ou sa maladresse. Pour tout amendement de loi, c’est le parlement qui s’en charge. Il s’agit donc de l’amnistie, comme le souligne la définition du dictionnaire juridique susmentionné. Raison pour laquelle, nous avons choisi l’hétéronyme « amnistie » pour traduire le titre : « L’homicide involontaire entre peine et amnistie ».
Conclusion :
De ce qui précède, nous pouvons conclure que, contrairement à l’idée reçue, « la langue du droit est l’une des langues les plus polysémiques » (Scurtu, 2008, p. 890). L’enseignement de la traduction juridique de l’arabe vers le français nous permet de découvrir que le français juridique est un modèle de rigueur à cause de l’extrême précision de sa terminologie ; ce qui justifie, d’ailleurs, son caractère polysémique. Alors qu’en arabe, le législateur recourt souvent à un hyperonyme, en français, il faut tenir compte des divergences sémantiques, voire fonctionnelles entre certains termes qui semblent pour un non-initié des parasynonymes. Le défi polysémique est un obstacle indéniable dans le processus traductionnel vu la différence entre les systèmes de droit de chaque culture.
Bien que le langage spécialisé soit basé surtout sur une terminologie précise et contraignante, la traduction des textes juridiques avec nos étudiants démontre que « la bi-univocité est (…) un vœu pieux » (Lerat, 2021, p. 1182) dans le langage juridique. Ils ont compris des difficultés qui ont rendu leur tâche plus compliquée qu’il ne suffit pas de consulter un dictionnaire de langue bilingue d’autant plus lorsqu’il présente plus d’un équivalent dans la langue cible.
S’attaquant à des textes à teneur juridique, ils s’engagent à être fidèles à l’objectif du texte source en en reproduisant l’objectif dans le langage juridique cible. C’est grâce à l’initiation à la traduction juridique via l’analyse des textes jumeaux, donc une traduction toute faite, qu’ils remarquent que « traduire avec précision ne veut pas dire calquer » (Durieux, 2005, p. 41) . Ne cherchant pas à nier l’importance de l’équivalence formelle dite linguistique, les étudiants tiennent donc à parvenir à une équivalence fonctionnelle qui « consiste à trouver dans la langue d’arrivée un référent qui remplit une fonction similaire » (Harvey, 2002, p. 41). D’où la nécessité d’une analyse notionnelle des termes juridiques arabes et français.
La nouvelle technologie offre aux étudiants, dans ce cas, des outils d’aide à la traduction fort utiles. À part les dictionnaires en ligne, ils considèrent, de prime abord, les outils de traduction automatique comme étant une bouée de sauvetage. Outre la complexité du contexte juridique, la multitude des hétéronymes terminologiques dans la langue cible les oblige à chercher l’aide de l’essor technologique susceptible de présenter un correspondant qui leur semble précis et fiable. Pourtant « Les outils et logiciels de traduction en ligne présentent, de nos jours, de plus en plus des clés à solutions rapides et circonstancielles des problèmes de traduction plutôt qu’un moyen fixe et durable d’un apprentissage conscient et objectif de la traduction tenant compte de tous les facteurs et éléments extralinguistiques qui interviennent dans ce processus. » (Hassan, 2019, p. 46). Autrement dit, un traducteur-apprenti peut dépendre des différents outils numériques en tant qu’un outil d’aide et de guidance mais il doit toujours être méfiant et autonome en tenant à réviser la traduction qu’ils lui proposent et à s’assurer du maintien de l’équivalence fonctionnelle. La machine ne parviendrait pas, surtout en cas d’hétéronymes, à remplacer un bio-traducteur.
En fait, la polysémie ne bat guère en brèche le principe d’univocité de Wüster. Par contre, choisir un équivalent de toute une fourche lexicale démontre la précision du langage juridique et, par conséquent, l’univocité de sa terminologie mais sur le plan interne. Autrement dit, un traducteur apprenti ne peut décider quel est le correspondant pertinent qu’après une recherche dans les dictionnaires spécialisés et les textes similaires ou comparables dans la langue cible. Il découvre que, ayant souvent plusieurs équivalents dans le langage juridique, il n’accepte quand même qu’un correspondant unique dans son texte qu’il doit traduire. C’est donc non pas uniquement le contexte cognitif, mais plutôt le contexte verbal qui oriente le traducteur vers le bon choix. D’ailleurs, les erreurs des étudiants ou de tout traducteur non initié au droit proviennent soit d’une méconnaissance des termes soit d’une mauvaise interprétation du texte. D’où l’importance de l’analyse notionnelle de la terminologie du texte source.
Pour conclure, la fidélité dans la traduction juridique est une question de pertinence. Ayant pour mission de reproduire le vouloir-dire du texte de départ, le traducteur doit mener à bien son texte via tous les outils linguistiques et terminologiques pertinents susceptibles de rendre compréhensible le texte d’arrivée pour son destinataire. La pertinence est un impératif en cas de traduction juridique car il s’agit d’« un texte légal produit pour des fins judiciaires ou similaires et sa traduction ne doit pas fournir des informations erronées ou mal interprétées » (Arrame, 2002, p. 51).